On ne s'occupait pas de lui.
Le Sultan, flairant les nouveaux venus, donna des signes d'inquiétude. En quelques bonds il s'écarta du troupeau, puis s'arrêta bien campé sur ses quatre jambes nerveuses, le col haut, la gorge renflée, toute frémissante. Il était sorti du fond du marais et, ainsi debout sur un monticule du bord, il se découpait en plein ciel, et l'on voyait son poitrail bien large et la courbe fière de l'encolure et la finesse de sa petite tête sèche et sa queue très relevée, qui frappait sa croupe avec une allure féline....
—A moi! dit Martégas.
—C'est convenu, dit Pastorel. Que veux-tu qu'on fasse?
—Faisons-le rentrer parmi le troupeau; c'est là que j'irai le prendre.
Les gardians obéirent. Le troupeau fut cerné. Le Sultan se réfugia au beau milieu.
Martégas attacha son cheval à un tamaris, prit son séden, qu'il garda dans sa main gauche tout prêt à être passé au cou de l'étalon, et marcha vers le troupeau, lentement, l'œil sur l'animal qu'il voulait capturer.
Les six cavaliers, Zanette comprise, devaient se porter ici ou là, selon les mouvements de la manade qu'il fallait empêcher, s'il était possible, de se dérober. Si elle s'échappait, on la rejoindrait.
—Souviens-toi des conditions! cria Pastorel. Si tu le touches sans le lier, s'il t'échappe, c'est mon tour!... Je cours dessus tout de suite!
Attentif à sa manœuvre, Martégas ne répondit pas.