En ce moment, la passion du chasseur l'occupait seule; il oubliait tout le reste.

Très lentement il entra dans la manade où se firent des mouvements inquiets et confus. Il était là dedans, pressé parfois par les flancs et les encolures, effleurant des crinières de sa main droite, s'abritant derrière une croupe pour avancer d'un pas vers Sultan sans être vu, sans l'effaroucher. Et si lentement, si posément il marchait, que bientôt le calme se fit dans le troupeau, dont plusieurs bêtes étaient à demi familières. Celles-ci, Martégas les reconnaissait à leur allure; il les approchait, les flattait, les mettait en confiance. Et comme c'étaient elles qui, le plus souvent, menaient les autres, la manade entière restait là, en attente.

A ce moment Martégas était arrivé à quelques pas de Sultan. Sultan regardait, la tête haute, immobile, les gardians qui cernaient la manade. La manade tout à coup se resserra un peu autour de l'étalon. Il ne bougea pas. Martégas, pour le tromper, s'éloigna de lui, puis tourna de manière à aller sur lui de face.... Sultan le laissa approcher, puis marcha vers l'ennemi. Martégas prépara son lasso.... On vit le séden onduler en l'air... mais le diabolique cheval avait fait une brusque volte-face et, d'un coup de pied médité, il frappait l'homme à la cuisse; aussitôt il détala, au trot.

La manade le suivit; les chevaux sautaient par-dessus Martégas blessé, hors de combat, gisant en silence dans la fange du marais. Il n'avait rien de cassé.... On ne songea plus à lui.

La manade s'arrêta devant les six cavaliers accourus, mais l'étalon passa à travers la ligne de l'ennemi. Il choisit pour s'échapper le côté qui, à dessein, semblait le moins gardé; il vint passer près de Pastorel.

Dès que Sultan eut pris son parti, Pastorel enleva sa bête au galop, joignit en quelques bonds le cheval sauvage et lui jeta autour du cou son séden, dont l'autre extrémité était solidement fixée autour du haut troussequin qui forme le dossier des selles à la gardiane. Pendant que le séden se déroulait, Pastorel manœuvrait son cheval de façon que la corde se tendît progressivement, sans secousse, sans rompre; elle se raidit enfin; ils s'arrêtèrent.

...Oh! comme Zanette, là-bas, attentive, immobile, les yeux ardents et fixes, remerciait Notre-Dame!

La bête était prise. Ce n'était rien. L'homme regardait le cheval hagard. Tout à coup, Pastorel lança sur Le Sultan son cheval enlevé sur place au galop. Le séden détendu toucha la terre, entre eux. Le Sultan bondit pour fuir, mais le cavalier avait tourné bride, et quand la corde se raidit de nouveau, elle attira brusquement le cheval sauvage au moment où il n'avait plus de point d'appui.... Il s'abattit, étonné, et demeura sur place, vaincu.

Pastorel se rapprocha de Sultan, prêt à recommencer cette manœuvre s'il se relevait; il ne se releva pas.

La violence de la secousse et de la chute, l'étonnement, la terreur visionnaire, paralysèrent une seconde l'animal étouffé, car il avait été pressé à la gorge rudement.