C'était là quelques-unes des pensées de Rosseline.
Quant à Martégas, il commençait à croire que la conquête de Zanette lui serait aussi impossible que celle de Sultan.
Deux fois, en trois jours, il venait, devant la petite, d'être vaincu comme cavalier et un peu ridicule. Il avait la rage au cœur, et, sans s'arrêter à aucun, il roulait plusieurs projets de vengeance. Il n'abandonnait pas l'idée d'avoir un de ces matins Zanette à merci, par surprise, ne fût-ce que pour mettre au désespoir son ancien maître détesté, maître Augias, et son rival deux fois heureux, Pastorel. Oui, il l'aurait tôt ou tard, cette insolente Zanette, mais quand? La résistance serait longue! Et il sentait le péril d'une telle victoire, comme il en reconnaissait la difficulté.
Rosseline lui échapperait donc? il n'en prenait pas son parti. Moins il entrevoyait de chances d'atteindre bientôt Zanette, plus sa pensée revenait à la belle Arlèse qu'il avait tenue sous lui, toute frémissante de colère, qu'il avait battue, dont il se sentait le maître.
—Elle m'a fait des conditions? Bah! c'est des mots en l'air.... Elle est à moi, celle-là du moins.
Et certain que Rosseline aurait, par le bruit public, le récit détaillé de sa déconvenue et du succès de Pastorel, il alla tout droit, prudemment, conter lui-même à la belle cabaretière, comment il s'en était fallu de peu qu'il se rendît maître du cheval indompté et de la sauvage fillette.
Il commença par dire comment, la veille, son cheval fatigué l'avait trahi, était tombé sur l'argile glissante, comment, enfin, Zanette lui avait échappé.
—Sans cela, tu étais vengée! acheva-t-il avec un gros rire, et, le soir même, je pense, tu m'aurais payé.... Dette de jeu, c'est sacré.
Mais Rosseline ne voulut voir dans la chute de Martégas que la maladresse et le ridicule.
—Pauvre cavalier! disait-elle en montrant, dans un fou rire, toutes ses dents...—Pauvre cavalier!... Comme tu devais être drôle, dans cette boue glissante, roulant sur ton derrière!... c'est bien la peine d'être si fort!... Ah! ah!