Tous les côtés de l’enceinte, qui n’étaient pas formés par des murs de pierre, étaient faits de charrettes dételées, engoncées les unes dans les autres par leurs brancards fortement assujettis.

A l’angle du mur de l’église, il y avait trois gros bracelets de fer, fixes, superposés, et dans lesquels entraient trois barres de bois, étagées et parallèles, glissant à volonté.

Cette barrière devait s’ouvrir devant les jeunes taureaux qui, l’un après l’autre, une fois marqués, sont lâchés hors de l’arène et regagnent seuls le désert. En dehors de cette barrière, un système de barricades leur fermait les issues de la ville, et,—les forçant à passer derrière ces quelques maisons dont la façade donnait sur le cirque,—les conduisait forcément au bord même de la libre plaine, en moins de cent pas.

Zinzara, debout sur une charrette, assistait donc aux jeux du cirque. Elle en suivait d’un œil impassible toutes les péripéties, qu’elles fussent grotesques ou héroïques.

Ces duels entre la bête et l’homme prennent en effet laideur ou beauté selon le caractère des adversaires. Il arrive que l’homme attaque lâchement, ou que la bête, soit étonnement, soit fatigue, recule et cherche l’étable. Les belles luttes sont même rares.

Tantôt une pierre aiguë est lancée de loin par un ennemi déloyal... L’animal surpris l’a reçue en plein mufle; le sang lui coule des naseaux, en longs filets, jusqu’à terre.... Il regarde devant lui, avec ses grands yeux encore pleins de mirage, et ne bouge, comme attristé et méprisant.

Tantôt, un gars malin imagine de venir lui jeter, de très près, dans les yeux, du sable à pleines mains. Un autre, plus malin encore, le couvre d’ordures ramassées au coin d’une borne! Mais voici que le premier, atteint par ces immondices, en attrape une poignée, et les deux héros luttent à coup de fumier, de bouse ramassée fumante à terre, sous la queue même du taureau, aux applaudissements et aux rires de tout un peuple, jusqu’à ce que brusquement les deux champions, salis et puants, soient séparés par le taureau, qui s’émeut enfin et les charge.

—Par ici! par ici, Livette!

Livette arrive. On lui fait une place sur les gradins de l’estrade. Ses petites amies l’appellent. On se serre volontiers pour elle.

Une écurie qui est là , à côté du café, a été transformée en toril. Juste au-dessus de la porte de cette écurie, la fenêtre du grenier à foin s’ouvre au ras du plancher. Deux gardians encadrés dans cette fenêtre, jambes pendantes au dehors, de temps en temps se lèvent, et on les voit là -haut, qui, par les trous à foin ouverts dans le plancher, au-dessus des crèches, piquent le dondaïre, le bœuf à sonnailles, conducteur aimé du troupeau. Le dondaïre sort, et vient chercher le taureau fatigué qu’il ramène à l’étable. Un homme adroit, chaque fois qu’une bête nouvelle quitte le toril ou qu’une bête fatiguée y rentre, ferme lestement la porte.