Si Renaud, à ce moment, eût regardé Zinzara, il eût surpris dans son regard l’éclair qu’elle cachait de son mieux sous ses paupières mi-fermées. Le sourire de ses lèvres moqueuses s’était effacé.

Mais Livette et Renaud, les beaux promis, étaient tout à la fête, rien qu’à eux-mêmes, à ces fiançailles étranges où tout leur peuple assistait, et telles que des princes ne pourraient se donner les pareilles, car elles veulent du fiancé force et adresse rares. C’était ici, vraiment, le triomphe d’un roi mâle.

—Bravo, le Roi! Bravo, la Reine!

En passant près du brasier, au milieu du cirque, il se baissa vivement, saisit, de sa main libre,—sans s’arrêter et sans quitter la main de Livette,—le fer rougi, qu’il lui présenta dès qu’ils furent arrivés près du taureau. Elle le prit et, s’étant inclinée, marqua le taureau à l’épaule; et quand, sous le fer qu’elle tenait de son petit bras ferme, on vit fumer la chair, quand le taureau se mit à faire frissonner sa peau, de colère,—l’enthousiasme du peuple éclata. Les chapeaux, les mains, les écharpes s’agitaient:

—Bravo, le Roi! Bravo, la Reine!

Et Renaud, envié de tous, reconduisit la jolie fille à sa place, pendant que le taureau, lâché, s’élançait hors du cirque à son tour et gagnait la plaine. Non, Zinzara ne riait plus.

Maintenant allait avoir lieu le jeu des cocardes.

Les deux ou trois premières furent assez facilement enlevées, une même au front d’Angel Pastor, le taureau espagnol,—par des jeunes gens des Saintes, sans que Renaud songeât à s’en mêler.

Enfin, la Serpentine, une petite vache nerveuse, fut lâchée dans l’arène. Tout le monde comprit tout de suite qu’elle était méchante, et qu’elle allait se défendre.

Plusieurs s’essayèrent contre elle, mais, au moment où l’on étendait la main vers la cocarde, la Serpentine se retournait d’un mouvement si prompt, si souple pour une taure, si inattendu, qu’on lâchait pied. Ah! la mâtine! Zinzara se prit à s’intéresser au jeu. Renaud descendit dans le cirque.