L’homme, qui n’avait pas lâché prise, lui clouait la tête contre le sol.

—Bravo, le Roi! bravo, le Roi! criait la foule.

Dans un brasier, Bernard prenait le fer rouge, l’apportait à Renaud. Et lui, alors, lâchant une corne, pesant du genou sur l’encolure, saisissait le fer rouge de sa main droite, et l’appuyait sur l’épaule de la bête. Les poils, la chair fumaient. Renaud se relevait bien vite et le taureau, brusquement debout, se secouait tout entier, fouettait son flanc de sa queue, mugissait de colère, creusait la terre du pied, puis, au milieu des cris, enfilait la barrière ouverte à ce moment.... On le voyait, un peu après, fuir au grand galop, bien loin, en plein désert. Il regagnait la manade, qu’ils savent bien retrouver tout seuls, fût-elle de l’autre côté du Rhône, souvent traversé à la nage.

Six taureaux tour à tour furent ainsi renversés par Renaud.

Ce jeu l’animait, il s’enivrait de sa force. Excité encore par l’applaudissement d’un peuple, il palpitait de tout son être. Il suait à grosses gouttes et, de temps en temps, du dos de sa main essuyait son front.

Une bande de soleil coupait, sur un des bords, l’arène où le mur de la haute église jetait toute sa grande ombre. Renaud y courait sans chapeau, en bras de chemise, sa taïole rouge très serrée, secouant les courtes mèches tortillées de ses cheveux drus, bien noirs.

Les filles applaudissaient, je vous jure, plus fort que les garçons, un peu jaloux. L’œil de Zinzara, dont la charrette se trouvait dans la raie de soleil, s’était avivé enfin.—Et Livette, toute rouge, se sentait fière de son Roi.

Quand le sixième taureau tombé fut sous lui, Renaud fit un signe à Bernard. Bernard accourut, s’agenouilla à son côté et saisit, à sa place, le taureau aux cornes. Un autre gardian vint aider Bernard à maintenir la bête, et Renaud se leva.

Il traversa l’arène et, étant arrivé devant Livette, il l’appela. Tout le monde comprit et applaudit.

Elle s’avança au bord de l’estrade et, légère, mit le pied sur la forte traverse qui servait d’appui aux spectateurs du premier rang; et de là , s’élançant avec confiance, elle tomba dans les bras de Renaud qui, l’ayant saisie à la taille, la posa à terre comme il eût fait d’une toute petite enfant. Il la prit par la main, et la conduisit vers le taureau.