—Mets ton pied, dit-il, toujours à gauche des pieux, ils indiquent le bord droit du sentier solide qui est sous l’eau.
Renaud s’était déchaussé. Elle, soulevant ses jupes, marchait jambes nues. Il lui tenait la main. Ils allèrent ainsi quelque temps. Elle était curieuse de cet endroit. Il lui plaisait.
L’eau remuait un peu çà et là . Elle s’arrêta la regardant.
—Les tortues, dit-il. Et il ajouta:—Voici la cabane.
La cabane était là , au milieu du marécage, établie sur pilotis, comme le sentier qui y conduisait. Des roseaux, quelques tamaris, l’enserraient, la rendaient invisible, presque de toutes parts. Sur le toit gris cendré, fait de siagnes, et en forme de meule, luisait, aux rayons de la lune, la petite croix inclinée en arrière, comme renversée par le vent.
La cabane tournait le dos au mistral. Ils entrèrent. Une allumette brilla. Renaud tira de son bissac une chandelle. La clarté dansa sur les murs.
Les murs bas étaient en «tape», saisis dans une lourde charpente. Le sol était recouvert d’un lit de roseaux. Une toile de protection contre les mouïssales retombait devant la porte. Une table fixe attenait au mur de droite, à la tête du lit; c’était une pierre plate portée sur quatre madriers trapus fichés en terre.
Renaud, sur la pierre, colla sa chandelle. La tzigane, assise déjà sur ce lit sauvage, le regardait faire, d’un air farouche. Voilà qu’elle se trouvait un peu trop chez lui, trop en son pouvoir.
La cabane était pareille à toutes celles du pays. Les fleurs des roseaux pendaient du plafond en panaches d’argent flexible.
Les grosses traverses du plafond étaient reliées entre elles par des chevilles dont le gros bout faisait saillie, et auxquelles étaient encore appendus quelques menues ficelles, des lambeaux de hardes hors d’usage. Il y avait un foyer dans un coin, fait de grosses pierres rapprochées, et, au-dessus du foyer, dans le toit, un trou pour la fumée.