A l’une des chevilles Renaud suspendit son bissac.

—Maintenant, attends-moi, dit-il avec un gros rire, je vais m’occuper de mon cheval.

Elle fut étonnée, mais, l’ayant regardé... elle ne songea plus qu’à Rampal!

Il sortit, rejoignit Blanchet, lui ôta la selle qu’il posa à terre et, le montant à cru, il le conduisit au galop à quelque distance de là , dans un pâtis où il le laissa, après l’avoir entravé.

Un quart d’heure après, Renaud, sa selle sur les épaules, regagnait la cabane où l’attendait Zinzara. Mais, à mesure qu’il avançait sur le sentier solide, ruban noir, perdu sous une mince nappe d’eau, il déplaçait les pieux qui marquaient l’un des bords du passage, et de droite les portait à gauche,—en sorte que si ce gueux de Rampal, le seul qui pût songer à le poursuivre dans cette cachette, voulait y venir, pour sûr il n’irait pas loin, et devrait demeurer là , enlisé au moins jusqu’au cou.

Quand il eut déplacé les vingt premiers piquets, les seuls qui, de la berge, pouvaient être visibles, Renaud se redressa et marcha vivement vers la cabane. Son cÅ“ur à ce moment était sombre, et plus vaseux, plus plein de bêtes obscures que l’eau du marais qui,—luisant sous la lune,—était noir en dessous.

XXII

Dans la cage étroite, dont la toiture de siagnes, avec son arête de tuiles roses, luisait au milieu des paluns, sous la lune, les deux bêtes de même espèce, Zinzara et Renaud, étaient enfermées ensemble.

—J’ai faim, dit-elle d’un ton hostile.

Du bissac, il tira une boîte de fer-blanc, dont il souleva le couvercle à poignée; il avait là du «vivre»; il coupa le pain, déboucha la bouteille.