Elle mangeait, silencieuse, l’air toujours farouche. Il la servait, mordant aussi dans le pain très sec; accolant la bouteille plate et bombée, pleine d’un fort vin de lambrusque.

Quand ils eurent mangé, il lui tendit une gourde, petite; de l’eau-de-vie. Elle en but, joyeusement, et bientôt ses yeux étincelèrent. Il la regardait, prêt à l’étreindre. Elle lui répondait d’un regard si moqueur, si obscur, qu’il hésitait, attendant il ne savait quoi, las d’ailleurs, et sentant se brouiller en lui ses idées.

Il la vit alors prendre son tambour de basque, qu’elle portait attaché, sous sa cotte, par une cordelette à sa ceinture; elle se mit à en jouer. Elle était assise. Elle frappait des coups réguliers, monotones, sur la peau vibrante, et, à chaque coup, les amulettes, qui pendaient autour du tambourin, s’entre-choquaient.

Puis, lentement, elle se mit à chanter des mots bizarres en continuant à frapper le tambourin. Et cela, à la longue, charmait le gardian qui la regardait, immobile, fasciné comme un lézard qui écoute la cigale, l’été, au soleil.

Cela dura une heure. Il la regardait ravi, fier, ne songeant plus à rien, à rien d’autre, et il sentait dans sa poitrine, à chaque coup du tambourin, son cœur sauter et vibrer.

Mais on eût dit qu’elle s’entourait d’un cercle qu’il ne pouvait dépasser.—Il attendait que ce cercle fût rompu. Il était là comme un de ces grands chiens de taureaux, si hardis contre les coups de corne, et qui, docilement assis, regardent le repas du maître, puis, attendent une miette, esclaves du roi, de leur Dieu qui est l’homme.

Elle lui faisait maintenant l’effet d’une vraie reine, d’une reine des contes de fée, avec ses attitudes étudiées qu’accompagnait cette musique monotone, scandée par le bruit des sequins qui frémissaient autour de sa couronne de cuivre, sur son front fauve et sur le noir mat de ses cheveux.

Tout à coup elle posa son tambourin à terre. Il fit vers elle un mouvement. Elle le retint d’un regard dur, et, arrachant le foulard qui couvrait ses épaules, elle apparut en corsage bariolé, riche; et il vit sur sa poitrine des colliers de pièces d’or,—sa fortune d’Orientale.

—Attends mon heure, dit-elle. Laisse-moi en paix un moment.

Elle couvrit sa tête de l’ample foulard qu’elle avait retiré, et demeura cachée sous ce voile un instant. Renaud entendait un murmure, des mots barbares, mormô, gorgô, des mots de sorcière, sans doute....