—Et c’est beau, tout ce pays jusque là -bas? fit-elle.

—Oui, dit-il, c’est beau!

Et il n’ajouta rien.

—Vous n’avez pas l’air, Renaud, de penser ce que vous dites. Vous n’avez donc pas aimé cette ville de Lyon, dont on parle?

Il y eut un assez long silence. On n’entendait que le rythme monotone de la roue.

—Pas de soleil! dit Renaud brusquement.... C’est une ville dans un nuage froid!—Il ajouta: Le Rhône n’est beau que lorsqu’on le redescend.

Livette le regarda, et ses yeux, très grands ouverts, voulaient dire: «Pourquoi cela?»

Il répondit à son regard:

—Quand un des nôtres va vers là -bas, comprenez-vous, demoiselette, il quitte tout pour n’arriver nulle part, et ne demande, au bout du chemin, qu’à repartir pour le retour!...—Quand il vient de là -bas vers ici, au contraire, il ne quitte rien du tout et il sait qu’au bout de la route, il sera le bien arrivé!... Devant la mer, voyez-vous demoiselle, il faut bien que, de force, le meilleur cheval s’arrête,—et c’est là seulement que je veux bien, moi, consentir à ne pas aller plus loin.... Où la mer n’est pas, tout le chemin reste toujours à faire....—Assez, petit! ajouta-t-il en élevant la voix.

La roue s’arrêta. Il examina le séden. La corde, bien régulièrement noire et blanche, était achevée.