Et quand tout le monde fut couché, Livette, furtivement, connaissant «l’endroit»,—qu’elle s’était de nouveau fait désigner par son père, tantôt, dans cette nuit claire,—Livette était venue rôder autour de son malheur, car l’amour ne sait pas d’obstacles, et à travers tout, nous allons à notre destin et courons jusqu’à la mort après notre dernière peine.
Et alors?... Oh! à travers sa rêverie de malade, Livette se revoyait toujours à ce moment terrible où elle rôdait autour du marais. Vraiment, elle y était encore, en détresse!
Autour du marais, dans la nuit, Livette tournait comme une mouette en peine. Comme une âme d’enfer, elle tournait, autour du marécage, essayant de percer du regard la masse sombre des roseaux et des tamaris.
De temps en temps, selon l’endroit d’où elle regardait, elle apercevait la toiture grise de la cabane, comme argentée sous la lune.
Y avait-il quelqu’un? Rampal lui avait-il dit vrai? Allait-elle perdre cette occasion de se convaincre par ses yeux de la trahison de Renaud?
Allait-elle donner sa vie à un traître, sans être parvenue à le dévoiler, quoique avertie? Et, de ses yeux dilatés, elle croyait voir des lueurs, qui n’existaient pas, ou bien,—si elle voyait réellement un peu de la lumière qui sortait par les joints de la porte,—elle doutait de ses yeux.
Dans ses oreilles, où tintait son sang, elle croyait entendre des paroles. Il semblait à Livette, par moments, que sa tête éclatait. Elle voyait, dans sa tête, sous son crâne, une grande clarté toute blanche, et, au milieu de cette lumière, la gitane et Renaud, ensemble.... Oh! ne pas savoir!...
Et si cela était, que ferait-elle?
L’essentiel était de savoir. Après, on verrait. Si elle était assez forte, si elle pouvait,—sans doute, elle tuerait cette femme.—Comment? Livette ne savait pas. Rien qu’avec un regard peut-être!... La folie monte du marais, avec les miasmes, la nuit.... Livette se sentait devenir folle.
—Par où, mon père, avait-elle dit, va-t-on jusqu’à la cabane?