Comment, du reste, son remords cesserait-il, puisque sa passion dure toujours, et qu’éternellement il recommence, en désirs, la faute d’où est sorti tout le mal?
Il n’y a pourtant, mes amis, qu’une sagesse: «Plante un arbre, bâtis une maison, fais un enfant. Sois patient: tout arrive. Ce qui ne se trouve pas en cent ans, se trouve en six mille.... L’avenir, c’est encore toi!»
Lorsque Renaud, dans le songe de sa vie malade, vient à sentir parfois l’amour en lui plus fort que sa passion, il lui semble alors que Livette, de son côté, l’attire dans la mort; mais les êtres de vérité et de bonté n’inspirent jamais la destruction.
Cela, du moins, il le sent bien. Il croit que la mort volontaire ne le ferait pas sortir du cercle des maudits.... Il descendrait, en effet, plus bas, dans le gouffre en spirale des damnés d’amour.
On dit que les noyés du Rhône, entraînés sans doute par l’irrésistible courant, qui les rassemble tous aux embouchures, reviennent, à de certains soirs, faire à la surface des eaux, un sabbat de désespérés.
Heureux sont-ils cependant, puisqu’ils sont, alors, réunis!
Mais les noyés des eaux stagnantes, et ceux qui, pour les rejoindre, sont morts volontairement, restent des spectres solitaires. Ils se cherchent sans cesse, et ils ne s’atteindront jamais. Ce sont des âmes damnées. Elles errent dans le désert en s’appelant, sans même se rapprocher ni se voir; et, sans fin, sans fin, dans la nuit, on entend, aux déserts de Crau et de Camargue, des plaintes longues, perdues, inutiles, se croiser à travers les étendues....
Ce sont les horizons mêmes qui s’appellent et se répondent en fuyant....