Et il fallait que Livette enserrât étroitement la taille du gardian. Il était souple, le cavalier; il ondoyait avec l’animal. Et la vitesse, l’air libre, la jeunesse et l’amour, tout les grisait, les deux jeunes gens; et, sans le vouloir, sans y songer, assez haut pour être entendu de la fille, le cavalier, entre ses dents, répétait sa chanson de tout à l’heure:

Prends tes amours en croupe!
En avant!

Et il leur semblait que l’horizon était à eux.

Quand ils sautèrent à bas de cheval, devant la ferme du Château,—ils ne s’étaient pas dit une parole, mais ils avaient échangé en silence le plus subtil et le plus fort d’eux-mêmes.

Depuis ce jour, Renaud, sincèrement amoureux, devint attentif à plaire. Il soigna sa mise, arrangea mieux sa taïole, se rasa de plus près, et n’eut plus un seul regard pour les autres fillettes, même les plus jolies.

Un jour, enfin, il avait dit à Livette:

—Votre père ne voudra jamais!

C’étaient ses premières paroles d’amour.

—Si je veux, mon père voudra. Et ce que veut mon père, mère-grand le veut toujours!

—Le bon Dieu le fasse! répondit Jacques.