Renaud patientait. Plusieurs fois, informé que Rampal était ici ou là , il avait essayé de le joindre sans y parvenir.

—Je l’attraperai quelque jour! disait Renaud; il ne perd rien pour attendre.

Il espérait bien que la fête des Saintes-Maries ramènerait ce coquin.

—Avec les bohémiens voleurs, celui-là reviendra! répétait-il, et il ne se trompait pas.

Rampal, pour un empire, n’aurait pas manqué une fois de venir au pèlerinage des Saintes. Le gueux se serait cru damné. C’était pour lui habitude d’enfance de venir demander pardon de ses fautes aux deux Maries et à Sara la servante, dont il ne faisait que rire par fanfaronnade, ne pouvant s’assurer à lui-même s’il croyait en elles ou non.

Cette année-là , affilié aux bohémiens, pour des affaires de maquignonnage (on sait que les bohémiens, hommes et femmes, roms et juwas, comme ils disent, ont une connaissance approfondie de tout ce qui se rapporte au cheval), Rampal leur avait été une excellente source de renseignements.

Par différents moyens, on l’avait fait parler sur ceci, sur cela, sur tous et sur toutes. Il ne savait pas bien lui-même qu’il eût conté tant de choses.

On l’avait interrogé, tantôt nettement, à l’improviste; tantôt d’une façon détournée et lente, et puis pendant l’ivresse, et même pendant le sommeil. Et la mémoire infaillible des gitanes avait rigoureusement enregistré ses réponses,—de quoi étonner toute la Camargue.

Rampal n’avait pas même été questionné par la reine bohême qui se méfiait de sa discrétion, et qui tenait de seconde main sa connaissance des secrets du pays.

Une fois seulement il lui avait adressé la parole. C’était un soir où la reine mendiante s’était mise à danser pour elle-même, sur le grand chemin au bruit de son tambour de basque qui ne la quittait guère.