Renaud, d’ailleurs, quoique honnête, avait des goûts de vagabond.

Avant d’avoir au cœur, pour Livette, son étrange amitié, dont il se sentait comme attaché, lié aux pieds et aux mains, il avait, à la vérité, souvent couru avec Rampal de singulières aventures.

Plus d’une fois ils avaient galopé côte à côte, portant chacun en croupe, vers la libre plaine, une fille au rire facile qui, au sortir d’une course de taureaux à Aigues-Mortes ou en Arles, avait consenti à les suivre pour une nuit.

Seulement, en ces aventures, Renaud toujours avait joué franc jeu, ne promettant jamais ni mariage ni rien, offrant aux belles un cadeau, un souvenir, bague de laiton ou foulard,—fichu à plisser suivant la mode arlésienne, ou large ruban de velours à former coiffure, tandis que Rampal avait des trahisons, promettait beaucoup, sans tenir, bref n’était qu’un «féna», un vaurien.

Rampal avait donc emprunté le cheval de Renaud avec l’intention de le ramener le soir même, mais, ce soir-là , on lui avait annoncé une fête aux Martigues, et il était parti, sans se soucier de Renaud. «Il prendra, s’était-il dit, un cheval de sa manade»... Or, Audiffret, le père de Livette, l’intendant du château, avait voulu que Renaud prît Blanchet.

—Prends Blanchet, lui avait-il dit. Il me fait peur pour notre fille. C’est un maître cheval, mais ombrageux, des fois. Achève de nous le dresser. Je veux qu’il coure cette année aux fêtes de Béziers. Entraîne-le.

Et, heureuse que Blanchet fût à «son ami», car déjà elle appelait ainsi Renaud, dans le silence de son cÅ“ur,—Livette, qui aimait Blanchet, avait simplement dit:

—Je vous le recommande.

Il y avait plus de six mois de cela.

Rampal, qui avait fait parler de lui cependant, et dont Renaud avait eu plusieurs fois des nouvelles, n’avait pas ramené le cheval.