Ce Rampal, qui avait emprunté le cheval de Jacques Renaud, n’était plus revenu.

Renaud ne montait plus maintenant d’autre cheval que Blanchet.

Rampal était un mauvais gueux, joueur, coureur de cabarets, bien connu à Arles dans toutes les maisons louches tapies le long du Rhône.

Chassé par plusieurs maîtres, gardian sans manade, il passait sa vie maintenant à courir à cheval d’une ville à l’autre, d’Aigues-Mortes à Nîmes, de Nîmes à Arles, d’Arles aux Martigues, et, dans chacune de ces villes, exerçait quelque métier douteux, trichait un peu aux cartes, gagnant de quoi vivre une semaine sans rien faire, et repartant, cette semaine-là , pour la Camargue qu’il aimait, où il avait, dans deux ou trois fermes, des femmes à qui plaisait son existence de forban mystérieux.

Pour cette vie, il fallait un cheval. Gardian à pied, Rampal avait d’abord volé un cheval à une manade, mais celui-là , la seconde nuit, rompant son entrave, l’avait quitté, avait traversé le Rhône à la nage et rejoint son troupeau. C’est alors que le gueux, ayant en effet des affaires pressées, avait dit à Renaud:

—Je prends ton cheval Cabri, j’ai besoin d’aller aux Saintes.

—Prends mon cheval, avait dit Renaud.

Il ne lui était pas venu à l’esprit que Rampal ne reviendrait pas. Sûr de sa réputation de force et de vaillantise, Jacques ne croyait pas qu’on pût s’exposer à sa colère.

Et puis, il avait pour Rampal une sorte de pitié mêlée d’un peu d’admiration. C’était un hardi cavalier que Rampal, et sans les femmes et les cartes, avec Renaud ou après lui, il eût été, lui aussi, un roi des gardians! En sorte que si Rampal faisait pitié à Renaud, Renaud faisait envie à Rampal.

Quant aux fredaines de ce «marrias», de ce mauvais chenapan, c’étaient jeux d’homme libre. Ni marié, ni fiancé, orphelin de père et de mère, n’ayant à nourrir, à aider personne, à complaire à personne, il avait bien raison de vivre à sa guise! Ainsi, du moins, pensaient la plupart des gens.