—On eût, ma foi, bien fait de la laisser en dehors de l’église, la source!

—Et pourquoi? l’eau en est gâtée?...

—Elle n’est bonne que le jour de la fête.

—Et encore!... Et il y en a si peu!

—Nous aurions demandé aux saintes de la rendre abondante et bonne.... En nous y mettant toutes avec nos prières, nous aurions bien obtenu ça.

—Un miracle de plus ou de moins!

—Les miracles, ma belle, ne sont que pour les étrangers.

—Et c’est ce qu’il faut, voisine. Si c’était autrement, voyons, les étrangers ne viendraient plus,—et, sans eux, de quoi vivrait le pays? pauvres nous! Où sont nos récoltes, à nous autres? Notre blé, notre avoine, où sont-ils, dites, bonnes gens? Sans les saintes, ce pays-ci serait un pays maudit! Un jour de fête par an, et les pèlerins (que Dieu bénisse!) nous remplissent la bourse.

—Les jours de miracle ne sont que trop rares.... Il faudrait deux fêtes par an!

—Que vas-tu dire là , sotte que tu es? Deux fêtes par an, Bonne Mère! Ce serait la mort du pèlerinage. Pour que l’usage se maintienne, il faut qu’il soit ce qu’il est, et que rien ne bouge. Nos hommes le savent bien. Rappelle-toi la visite que nous fit, avec ces grandes dames, l’archevêque d’Aix, il y a vingt ans.