Il y a à cela deux raisons.

La première, c’est que, très sauvage, très primitif, le bohémien apparaît au milieu des civilisés comme l’image d’eux-mêmes dans le passé. Les zingari sont comme les fantômes de nous-mêmes.

En nous revoyant en eux, nous nous plaisons, assis dans la sécurité de notre foyer fixe, au regret de n’avoir plus devant nous l’espace cher à la bête que nous fûmes; de n’être plus en rapport constant avec la terre, la plante et l’animal, qui sont les mères dont nous sortons et que nous aimons pour cela. Ils sont demeurés ce que nous étions au départ, et cela nous touche.

La seconde raison, c’est que, véritablement, ils ont su jadis, du sens de la vie, quelque chose.

Il est certain qu’ils sont sorciers. Ils ont entrevu la source obscure, et vaguement s’en souviennent, en ont gardé le reflet noir dans leur regard.

Le regard! ils en connaissent la puissance endormante et suggestive. Ils savent soumettre, par le regard, l’âme des faibles.

Les moins sorciers d’entre eux croient encore que le «secret» des choses a été caché quelque part, sous une pierre, et, dans leurs courses à travers tous les pays du monde, bien des fois ils soulèvent de lourdes roches dont la forme étrange semble indiquer qu’elles peuvent sceller le mystère.... Ils ne trouvent jamais, sous les pierres soulevées, que des crapauds, des vipères et des scorpions; mais, du sang et du venin de ces bêtes, ils savent composer des philtres redoutables.

Ils connaissent aussi la nature secrète des plantes, et comment, coupées à de certaines époques, à de certaines heures, selon l’influence des saisons et des rayons de la lune, ciguë ou belladone ont des vertus différentes.

Ils sont habiles dans l’art des poisons, les zangui. Hommes et femmes,—roms et juwas—ils excellent dans l’art de donner aux troupeaux des maladies.

Leurs métiers ne sont que des prétextes à se présenter au seuil des maisons. Ils sont chaudronniers parce que l’art de soumettre au feu les métaux fut inventé par le fils de Caïn, père des maudits. Et ils sont selliers parce qu’ils aiment fréquenter les chevaux, chers aux vagabonds.