L’instinct, comme un ver luisant, éclaire les fonds d’où sort l’homme; mais l’intelligence n’éclaire pas les profondeurs d’en haut où elle se perd elle-même, au point précis où Dieu s’explique.... Ah! que Dieu est obscur!
Oui, entre l’origine et l’intelligence, il y a l’instinct, comme un pont. Entre l’intelligence et la fin, il y a le vide. Ici la raison ne passe pas. Il faut bondir. L’homme ne peut facilement concevoir que ce qui est en bas. Ce qui est en bas, sa pesanteur l’attire à le comprendre.
Pour comprendre ce qui est en haut, il faudrait une faculté de s’alléger que l’homme n’a pas, une aile qui manque. L’instinct, ici, agit sur l’esprit même, en sens inverse de l’effort spirituel.
A quelques esprits, elle vient parfois, cette faculté de s’enlever; mais l’homme ne conçoit que selon ce qu’il éprouve, et le temps est passé où l’on se fiait aux mages, à ceux qui conçoivent plus et mieux. Peut-être a-t-on raison. Peut-être ne doit-on concevoir que par soi-même, et nul ne saura rien pour toujours avant de l’avoir mérité.
Pour une minute, dans le rêve surtout, dans la veille même, l’homme sait, quelquefois. Il a l’intuition profonde; mais rien n’est plus fugitif pour l’homme que ce vif sentiment de l’éternel.
Les meilleurs de nous sont des aveugles que hante le souvenir d’un éclair.
Qui de nous n’a su, pour l’avoir senti, comment on vole hors de soi? Le sens du mystère, à peine perçu, nous a fui, mais qui n’a-t-il pas pénétré, une seconde?
La vérité, comme l’amour, n’est qu’une seconde en laquelle il faut croire,—à jamais.
Et ces pensées sont en leur lieu, car tout est dans tout. Celui-ci étudie l’hysope; celui-là le chêne; Cuvier le mastodonte et Lubbock la fourmi; mais tous arrivent au même point, à un point qui est tout.
Savez-vous pourquoi les bohémiens, les gitanos, les zincali, les zingari, les zigeuners, les zinganes, les tziganes, les gypsies, les romani, les romichâl (toutes façons diverses de désigner la même race errante) excitent si fort la curiosité des peuples civilisés?