Mais, devant sa main tendue, aucune main ne se tendit à cause des petits serpents.
Zinzara rit très fort, et son rire, véritablement, rappelait certains sons de sa flûte double.
Livette fit en cet instant un mouvement pour se retirer.
—Allons, toi, lui dit aussitôt la gitane, tu as une fois refusé de m’entendre, mais aujourd’hui tu dois avoir une grande envie d’apprendre où est ton fiancé, la belle! Donne-moi ta main sans peur, si vraiment tu es digne de devenir la femme d’un cavalier courageux.
Livette rougit vivement. Ses deux compagnes de tout à l’heure arrivaient au même moment et elles avaient entendu. «Ne te laisse pas faire!» lui dit, à voix basse, l’une d’elles, en tirant par derrière la jupe de Livette; mais, provoquée par le regard de la zingane, où elle crut voir un éclair de moquerie, Livette, non sans se recommander intérieurement aux saintes Maries, offrit sa main à la bohémienne. La tzigane prit cette main dans la sienne. Les serpents dardaient leur langue fourchue. Livette était un peu pâle.
Elles étaient très petites toutes deux, la main de la magicienne et celle de la demoiselle.
Renaud, de là -haut, très surpris, un peu inquiet, regardait de tous ses yeux.
La zingane garda un moment dans la sienne la main de Livette, heureuse de sentir palpiter l’oiseau qu’elle fascinait. Elle avait eu l’espoir, du reste, d’intimider Livette, et le courage que montrait la petite l’irritait.
—Ton futur, dit-elle, n’est pas loin d’ici, ma belle, mais non pour toi, sache-le! Pour qui? c’est à deviner!
Livette, déjà pâle un peu, devint toute blanche.