Tant qu’on n’est pas marié, d’ailleurs, est-on tenu d’être si fidèle? Et comment faire, après tout, quand les choses se présentent?
Les yeux voient, bien avant qu’on le leur ait pu défendre! Même marié, peut-on s’empêcher d’être ému en voyant de belles jeunesses? Est-ce qu’on est maître des mouvements de son sang? Désir n’est pas péché, et tant que Livette ne savait rien, tant qu’elle ne souffrait pas par lui, qu’aurait-il eu, voyons, en toute franchise, à se reprocher?
Rien n’était de sa volonté. Il était décidé encore à ne pas parler à la femme bohême,—mais il serait bien sot de ne pas étendre le bras, si la pêche dorée venait s’offrir d’elle-même à lui.
Et le vent salé qui souffle sur les enganes, affolant les troupeaux sauvages, lui courait dans les sangs, faisait monter à ses joues de soudaines brûlures.
Que peut, contre ce vent-là , que respirent avec joie les taures, tous les «je ne veux pas» d’un jeune homme qui sent sa jeunesse? Le bon Dieu en pardonne d’autres! «Je me donne, depuis quelque temps, bien du tourment d’esprit pour peu de chose!...» Et Renaud conclut sagement qu’il allait retourner tout de suite aux Saintes, pour rassurer Livette, comme c’était son premier devoir, sans éviter ni rechercher l’autre....
Pendant ce temps, qu’avait-elle fait, Livette?
En sortant de chez M. le curé, à l’heure à peu près où Renaud atteignait Rampal, Livette avait envie de reprendre son cheval et de retourner tout de suite, sans dîner même, à sa maison.
Elle se sentait comme perdue, si près de ces zangui de malheur.
Elle avait pensé d’abord que Renaud, s’il avait rencontré Rampal, dont il ne pouvait manquer d’être le vainqueur, irait, tout de suite après, au Château d’Avignon.
Mais sa seconde idée fut qu’il reviendrait aux Saintes pour y montrer son triomphe. Elle le connaissait, ce Renaud! Il avait l’orgueil de sa force, de son adresse. Gâté par le public des courses, qui applaudit des mains, de la voix, il aimait s’entendre dire: «Bravo, Renaud!»—et il reviendrait aux Saintes, oui, bien sûr!