Il pouvait deviner aussi qu’elle, Livette, y était restée, et y revenir pour elle... comme aussi un peu, en même temps, pour l’autre!... Ah! pauvre petite! quelque chose de soupçonneux commençait à lui venir! Si elle allait lui plaire, à Renaud, cette zingara, bon Dieu!

Livette, ayant repris son cheval, toujours attaché au mur de l’église, le fit mettre à l’écurie de l’auberge, et alla manger la bouillabaisse du pêcheur Tonin.

—Tu as bien fait, Livette, lui dit ce Tonin, tu as évité un bon coup de mistral. Mais je m’y connais; ce n’est qu’une bourrasque, et cette après-midi tu marcheras tranquille. Il ne fera que trop chaud! Mais qu’as-tu, d’être si pensive?

... Livette n’entendit pas grand’chose de tout ce qui fut dit à la table du pêcheur, et ayant bien réfléchi, vint de nouveau, plus tard, chez M. le curé.

—Tu es encore aux Saintes, petite? fit-il avec un sourire triste.

—Une peur m’est venue, mon père....

Par habitude de la confession, ainsi quelquefois Livette nommait le curé.

—Une peur? et laquelle?

—S’ils se sont battus, qui sait, mon Dieu! le hasard est fort, et ce Rampal est si traître que ce pourrait être Renaud, le vaincu.... Je voudrais, monsieur le curé, avec votre permission, monter tout de suite sur l’église, et, de là , beaucoup plus tôt, je pourrais apercevoir Renaud, s’il doit revenir ici.

Cette bonne idée lui était venue, d’épier de là son fiancé, comme il avait, lui, le matin même, épié Rampal, de la fenêtre du cabaret.