Sans doute, l’Auvergne lui est demeurée fermée. Dans ses trajets d’Aurillac à Saint-Céré, il ne s’attardait pas au chaos fantastique des Gorges de la Cère. Le « sublime » du paysage lui échappait ; ce n’était pas de son époque. L’Auvergne n’avait à lui offrir que la tumultueuse grandeur de son noir basalte. Il préférait la riante campagne du Lot, caressée d’un soleil déjà méridional.
Mais, d’ici ou de là, sa pensée était le plus souvent absente, envolée vers Paris. Tout de même, F. Mainard a habité cette rue d’Aurinques. Pendant quinze ans, au moins, il a chevauché de château en château, et son originale figure hante toute la contrée.
Pourquoi tant d’oubli ? N’a-t-il pas laissé des stances inoubliables ?
Qu’importe ses flatteries aux puissants et ses courbettes. De quel âpre accent n’a-t-il pas dépouillé le vieil homme ! Sans doute comme le dit Voltaire : « Il nous aurait paru plus grand en ne songeant même pas s’il y a des grands au monde ! » Mais comment traverser Aurillac sans un souvenir mélancolique pour le poète qui, au bout de son œuvre de priapées violentes, d’épigrammes de Cour et de Ville, de pièces maniérées, tira de son propre cœur, de sa seule douleur, de sa tristesse ou de sa révolte, une poésie directe, simple, probe et touchante. Si la fréquentation « des brutaux de province » n’avait point assoupli le jarret du courtisan ni limé les aspérités de son caractère, la solitude n’avait pas nui à l’écrivain ; il avait perdu l’afféterie et le précieux de la Cour et des ruelles ; il avait gagné en vigueur de pensée, en netteté d’expression, jusqu’à devenir méconnaissable ; les pauvres gentillesses de Paris avaient été balayées par le vent des sommets…
Pourtant, nulle mémoire de F. Mainard, en Aurillac ! N’a-t-il pas mérité son médaillon au mur de ce logis, le poète qui, lui-même, jugeait sévèrement le courtisan incorrigible, au retour de ses vaines expéditions vers la Cour. Toulouse, Saint-Céré, Aurillac, voilà où sa lyre frissonnait d’un souffle épuré, vibrait d’un accent inoubliable :
Que j’aime ces forêts, que j’y vis doucement,
Qu’en un siècle troublé j’y dors en assurance,
Qu’au déclin de mes ans j’y rêve heureusement,
Et que j’y fais des vers qui plairont à la France.