Ils ont dû, depuis, engraisser.
Hélas, notre compagnonnage devait être vite relâché et la chambre de « M. Vermenouze » être de moins en moins occupée. Quelques mois à peine s’étaient écoulés depuis mon installation à Maussac, que son contrat d’association avec les cousins Garric était rompu, et qu’il quittait sa vieille demeure de la rue d’Aurinques pour la maison natale de Vielle, où habitaient encore sa mère, sa sœur. Cela nous écartait d’une quinzaine de kilomètres, impraticables l’hiver. D’ailleurs, la maladie commençait de le miner. Et moi, je partais pour l’Extrême-Orient…
Cependant, il y eut là des haltes, claires, que nous pouvions espérer plus durables. Vermenouze nous tombait à l’improviste, avec son chien, sa pipe, son carnier gonflé de quelque lièvre ou de quelque bécasse, à la saison. Il avait fait signe à nos amis d’Aurillac — et c’étaient de plantureuses veillées.
Vermenouze achevait les pièces d’En plein Vent. Nous ne l’avions pas encouragé dans cette voie, ses lointains débuts en français n’accusaient pas d’originalité. Il n’y était pas auvergnat. Or, soudain, au lieu de ces lourdes machines de naguère, où l’on sentait trop ses lectures de Hugo, de Lamartine, de Leconte de Lisle, il apportait des sonnets où se retrouvaient son tempérament, sa verve, son observation réaliste et malicieuse, sa marque sobre et solide. Il s’y décelait d’autres dons, d’intimité, d’émotion, de douceur, — comme une source susurrante dans la brousse sèche où se complaisait jadis le chasseur de sauvagine ; la plupart de ces quatorzains nous redisent encore la faune montagnarde, avec l’exactitude d’un naturaliste doublé d’un fabuliste. De la ferme des vallées au buron des sommets, du martin-pêcheur au grand-duc, nul habitant de la terre, des eaux, de l’air dont il n’ait épié les gestes et surpris quelque secret, mais, peu à peu, le poète va supplanter le coureur des bois et des ruisseaux. Il songe aux anciens « qui devant Dieu sont », devant qui lui-même pourrait être tout à l’heure à son tour, et il implore :
Mon père, ce preneur de truites sans rival,
Les dimanches d’été m’emmenait à la pêche :
En ce temps-là, j’étais joufflu comme une pêche
Et blond comme un rayon de soleil estival.
Marchant dans les genêts et la bruyère sèche,