Il y avait Vermenouze — avec Michalias. Quand les regards de F. Mistral revenaient du passé, du 21 mai 1854 à la fête de 1904, c’est sur l’Auvergne qu’ils devaient se porter — et sur l’œuvre auvergnate du Capiscol dont le Consistoire félibré allait faire un majoral.
Jamais Mistral ne nous était apparu aussi grandiose et régnant, — avec cette Arlésienne, jolie comme un matin de printemps, le fichu traditionnel d’où se dégageait le cou gracile, le diadème de ses cheveux relevés dans la dentelle, cernés du ruban de couleur — qu’il promenait fièrement à travers la foule…
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Au passage, en provençau, Mistral m’apostropha :
— Tu en as vu, dans ta Chine et ton Japon, de ces belles filles-là ?
Le front lumineux, le rire sonore, il continua sa promenade, sous les arbres de Font-Ségugne, au milieu de son peuple, avec la jeune fille à son bras, simple et glorieux, magnifique, inoubliable, comme s’il avait à ses côtés Mireille retrouvée, et toute la Provence, et toute sa jeunesse et tout son génie.
J’avais rencontré F. Mistral, chez Alphonse Daudet, en 1889… Je commençais à écrire sur l’Auvergne et, de proche en proche, par les patois, à me passionner pour la Provence. Les hôtes du Premier Goncourt ou de Champrosay n’étaient pas familiers avec le génie méridional, et ne comprenaient guère l’admiration enthousiaste de l’auteur de Numa Roumestan pour le poète des Iles d’or, bien près de leur apparaître comme quelque autre tambourinaire. Or, je vois bien que la ferveur de Daudet croissait avec l’âge et avec la maladie. Lui, après l’expérience et la science de Paris, pouvait juger… L’ardeur nostalgique avec laquelle il traduisait Batisto Bonnet certifie assez son estime du parler provençal et de la renaissance félibréenne. De comprendre sa langue natale, cela m’a valu, d’Alphonse Daudet, des minutes dont je n’étais pas peu fier, quand, en a parte, il jetait vers moi quelque proverbe, quelque apostrophe qui échappaient aux autres interlocuteurs — et m’avançaient un peu plus dans son intimité…
A partir de 1894, j’ai vécu quelques automnes non loin d’Arles et d’Avignon. Avec Léon Daudet, plus d’une fois nous poussâmes jusqu’à Maillane, je m’enivrais des « beaux diseurs » et « des bâtisseurs » de Font-Ségugne. C’est Léon Daudet qui me donna la Miougrano entreduberto ; je n’avais lu d’Aubanel, que les Filles d’Avignon ! mais dès lors, toute la boutique Roumanille y passa.
Après 1900, l’Auvergne et Vermenouze furent le trait d’union entre F. Mistral et moi ; la proportion se renversa par la suite, où j’eus l’occasion d’être utile à F. Mistral que je voyais souvent.