C’est en 1906 que je devins, comme il m’appelait par la suite, « son ambassadeur à Paris », dans les circonstances que j’ai rappelées ainsi :
Au grand flambeau
Allumant les audaces,
Nous fondions dans l’espace,
L’Empire du Soleil.
Ainsi chantait Mistral le 21 mai 1904, à Font-Ségugne, à l’anniversaire demi-séculaire de la Sainte-Estelle où fut baptisé le félibrige.
Merveilleux empire, dont Lamartine à son déclin saluait l’aurore éblouissante : Il y a une vertu dans le soleil ! Certes il le fallait, pour que cette pléiade de la Renaissance provençale pût espérer se faire entendre parmi les voix immenses du romantisme, dans la langue méprisée…
Le soleil me fait chanter…
En chantant dans notre langue, nous étions comme des dieux.
Hélas ! Le chef est demeuré seul, de la phalange des Aubanel, des Gras, des Roumanille, pour mener la cause à la consécration universelle… Seul, il aura vu le Pactole affluer au Rhône, et les cent mille francs d’un prix Nobel tomber dans la fameuse Coupo Santo, qui ne semblait pas destinée à s’emplir jamais d’un tel flot d’or — de l’or du nord venant éclairer le midi…
Mais l’illustre poète n’a pas voulu mettre en cave la vendange heureuse. Il a convié toutes les ombres chères de ses compagnons disparus à la libation glorieuse du Cinquantenaire de Mireille, et de l’érection de sa statue à lui, Mistral, vivant ! Et pour qu’elles puissent magnifiquement assister aux prochaines commémorations arlésiennes, il leur a préparé le logement, — un Palais du Félibrige.