Je suis venu vers toi comme à l’inspiratrice ;

Ce qui t’aime en mon âme est le meilleur de moi ;

En retour, donne-moi l’oubli dont tu disposes,

L’exemple et le conseil de tes horizons roses :

Fais que mon cœur troublé s’apaise comme toi…

De ses attraits de toutes sortes, la Limagne possède d’autres témoignages, moins suspects que ceux de ses enfants poètes — qui eussent célébré pareillement quelqu’autre berceau de leur naissance, — comme ils ont glorifié de tout leur effort des sites plus fameux de l’art et de l’histoire… La Limagne a conquis le citoyen Legrand, moins tendre à l’ordinaire. Il est d’Amiens, M. Legrand d’Aussy, élève des Jésuites, puis professeur, dans leur ordre, jusqu’à la suppression de la Compagnie. Épris de vieux langage, il recueille ou traduit des Fabliaux et Contes des XIIe et XIIIe siècles. Puis, il s’avise — cela n’a pas vraiment changé — qu’il paraît beaucoup de livres de voyages « de Suisse, d’Angleterre, d’Italie, de tous les États du monde, enfin ! et jamais de voyages de France. » M. Legrand d’Aussy n’avait, d’abord, d’autre dessein que d’aller voir son frère, qui habitait passagèrement Clermont. La visite de 1787 se prolongea en voyage, renouvelé en 1788. D’où le Voyage en 3 volumes du citoyen Legrand : Dans la ci-devant haute et basse Auvergne, paru l’an III de la République Française. Après quoi, il sera nommé, en 1835, conservateur des manuscrits français à la Bibliothèque Nationale. Enfin, M. Legrand d’Aussy mourra membre de l’Institut.

Pour le citoyen Legrand, l’amour de la Limagne, c’est le coup de foudre. Il n’y va pas par quatre chemins, en Auvergne, mais par un seul :

« L’Auvergne, selon ceux de ses divers cantons que parcourra d’abord un voyageur, sera pour lui ou une contrée hideuse, ou un pays magnifique. Y entre-t-il par l’est, par l’ouest ou par le sud, il ne la voit que montueuse, âpre et sauvage ; il hâte ses pas pour en sortir et n’y pénètre qu’en plaignant ceux qui l’habitent. Vient-il de Paris ou du département de l’Allier : tout change ; il admire, il envie ; c’est la ci-devant Limagne qu’elle lui présente, cette Limagne, l’un des plus fertiles, ainsi que l’un des plus agréables cantons de la République et dont jusqu’ici je ne t’ai encore parlé qu’en ajoutant un éloge. »

Le citoyen Legrand rappelle que, déjà, au IVe siècle, Sidoine Apollinaire disait de cette contrée que sa beauté donnait au voyageur le dégoût de sa patrie : quod hujus modi est ut semel visum advenis multis patriæ oblivionem sæpe persuadeat. Grégoire de Tours a noté les regrets du Roi Childebert, contrarié par le brouillard qui l’empêchait de jouir du spectacle agréable qu’il se flattait d’y voir : dicere enim erat solitus rex velim unquam Arvernans lemanem, que tantâ jucunditatis gratiâ refulgere diditur oculis Cernere. Le concitoyen voyageur ne se lasse pas d’admirer. Comme Argus, il eût voulu être tout œil. Son enthousiasme résistait malgré la déconvenue qu’il subit à Clermont, où son opinion se rencontre avec celle de Fléchier pour trouver la ville lugubre et sombre. Ce n’est qu’une première impression, contre laquelle il se hâte de réagir :

« Dans ces maisons noires, tu trouverais une excellente société… Dans cette ville dont l’extérieur est rebutant, tu verrais trois promenades publiques qui, malgré leur peu d’étendue, offrent, vers différents points de la Limagne et des montagnes, une perspective délicieuse. »