La Limagne a conquis à l’Auvergne un ami passionné. Il ne veut pas que, malgré les apparences, l’Auvergne soit la Boétie de la France, et il n’admet pas que la nature marâtre puisse l’avoir condamnée comme d’autres penchent à le croire, à ne produire que des maçons, des chaudronniers, des tailleurs de pierre. Ainsi, d’Ormesson
« a peint les habitants de la Haute-Auvergne comme vifs et industrieux, tandis que, selon lui, ceux de Limagne sont pesants, grossiers, et sans industrie… Cependant… Je vois que la partie des montagnes, quoique douée par la nature d’esprit et de vivacité, c’est-à-dire de génie et d’imagination, n’a pourtant à revendiquer dans ce nombre que de Belloi pour Saint-Flour, Boissi pour Vic, Mainard pour Aurillac ; et que tous les autres appartiennent à cette Limagne où les esprits sont, dit-on, pesants et grossiers ; à cette Limagne qui n’est qu’une faible partie de la contrée. C’est à celle-ci que la littérature et les sciences doivent : Domat, l’Hôpital, Thomas, Pascal, Sirmont, Champfort, Girard, et, parmi les auteurs vivants, le ci-devant abbé de Lille. Mais j’observe, en même temps, que dans le nombre des personnages dont je viens de citer les noms, il n’y a pas un seul artiste ; j’observe qu’excepté Domat, qui passa une partie de sa vie en Auvergne tous l’ont quittée fort jeunes, et ont toujours demeuré loin d’elle. »
Une autre observation curieuse est formulée :
« C’est que, si l’Auvergne est, de toutes les anciennes provinces de France, celle qui a produit le moins d’artistes, c’est de toutes aussi celle qui a donné au royaume le plus de chanceliers. Témoin : Saint-Bonnet, référendaire sous Sigebert III, roi d’Austrasie ; Gerbert, chancelier de France, sous Hugues Capet ; Pierre Flotte et Aycelin de Montaigut, sous Philippe-le-Bel ; Rodier, sous Charles-le-Bel ; de Vissac et Guillaume Flotte, sous Philippe de Valois ; Aycelin de Montaigut, sous le roi Jean ; Giac, sous Charles VI ; du Prat et du Bourg, sous François Ier ; L’Hôpital, sous François II et Charles IX ; enfin, du Vair et Marillac, sous Louis XIII… »
Enfin, Legrand d’Aussy explique l’individu par le pays :
« L’Auvergnat ayant, par la nature de sa constitution, des fibres peu irritables et devant avoir, par conséquent, peu de sensations, il est naturellement froid et sérieux. Pour le tirer de cet état d’engourdissement et d’apathie, il lui faut des émotions fortes ; aussi ne connaît-il ni tous ces divertissements gais, ni tous ces jeux et amusements divers qu’ont imaginés ou adoptés nos départements dont les habitants sont renommés par la pétulance ou la vivacité de leur caractère. Tout cela serait insipide pour lui. Mais, quand il est ému il l’est plus profondément, plus longuement qu’eux ; et presque toujours son affection dégénère en passion violente. Habituellement froid et triste, mais sujet à des orages terribles, on dirait que les qualités de son ciel sont devenues les siennes. »
Pascal est ainsi comme un sommet orageux, tout retentissant de la foudre et sillonné d’éclairs !
CHAPITRE XVIII
Royat au XVIIIe siècle. — Nicolas de Champfort. — De la jeune Indienne à la Révolution. — Guerre aux châteaux, paix aux chaumières. — Champfort peint par Chateaubriand.
Or, je laisse à Legrand d’Aussy la vaste et plantureuse Limagne pour monter à Royat, où, dit-il :