La renommée a visité M. Michalias, sans qu’il l’ait fort provoquée. Ses deux volumes (1904, 1908) n’ont été tirés qu’à une centaine d’exemplaires chacun, restés hors commerce. Mais nombre de pièces avaient paru dans les revues décentralisatrices, où elles avaient conquis l’admiration du Midi.
L’enthousiasme est venu du Nord, aussi : traductions en suédois, par le Dr Goran-Bjorkman, de Stockholm ; en allemand, par le Dr Hans Weiske, de Cottbus (Brandebourg).
Tant d’éloges n’ont point mordu sur la solide modestie de M. Michalias. Il continue de produire, mais résiste à publier un nouveau volume. Il a goûté son succès. Peut-être se rend-il compte que d’autres n’auraient pas plus de saveur. Il eût pu être majoral d’Auvergne, avec quelque intrigue, à la mort de Vermenouze, qui l’avait souhaité comme successeur. Mais M. Michalias ne se dépense pas en vanités. C’est un sage. Et voilà le bonheur, édifié dans la calme retraite due au travail accompli.
Un bel enfant blond, câlin et rieur, met son gentil tumulte dans la demeure des grands-parents qui, tout à l’heure, partiront pour quelques jours chez leur fille et leur gendre, — pas bien loin d’ici… Mais qui prendra soin du jardin ? Car M. Michalias cultive son jardin, un rare enclos fermé aux regards, derrière la maison. Il y descend à l’aube, pour découvrir ou sortir les plantes, abritées la nuit. La gelée, ici, est précoce et meurtrière pour les espèces fragiles. Le jardin de campagne ! avec des planches de légumes, des massifs de fleurs, des arbres fruitiers ; un potager d’agrément, qui s’égaie de myosotis, de bégonias, de géraniums, de groupes de rosiers, de touffes de rhododendrons, entre les murs vêtus de clématites et de glycines, et coiffés de lilas.
Mais l’arrière-saison a défeuillé les branches et roussi les pétales. Cependant, le propriétaire nous guide vers « son placard à chrysanthèmes », richement épanouis, mais qu’il faut abriter, adossés à la muraille garnie d’un auvent où, la nuit, s’accroche une devanture de paillasson. Une porte poussée, et voici l’annexe, plus rustique, dont vient de s’agrandir le discret domaine, maintenant ombragé d’un cèdre centenaire, — et bordé, à sa frontière reculée, de hauts sapins sous lesquels gazouille une fontaine…
Oui, la vie régulière, méthodique, de M. R. Michalias et sa retraite si doucement agencée expliquent ce qu’il y a d’un peu rangé et de contenu dans sa poésie pourtant si naturelle et véridique. Ce n’est point de l’apprêt, mais de l’ordre. Ce n’est pas un défaut, une faiblesse de l’artiste et de l’œuvre, — mais la résultante des suggestions ambiantes ; ce pays de Livradois est tout plaine ; la vallée, de tout repos, où paresse la Dore entre ces deux lignes de montagne sans secousses ; par ici, on est villageois plus que montagnards.
Ceci caractérise l’inspiration de M. R. Michalias et le différencie d’un Vermenouze. Je dis bien : l’inspiration. Ainsi arrive-t-il à des patoisants de nous donner la poésie qui manque trop souvent à la littérature…
Les chants de M. R. Michalias, ce sont des Promenades et Intérieurs, des Intimités… Oui, je songe au François Coppée des humbles choses, des impressions à mi-voix, du sentiment murmuré. Je parle d’une manière de sentir et de s’exprimer. Sans quoi il n’y a aucun rapprochement à faire entre les sentiers, semés d’écailles d’huîtres des barrières et de la banlieue parisienne et le paysage d’Ambert.
Heureuse petite ville, riante et simple, que nulle laideur n’isole de la grâce environnante des eaux, des cultures, des prés, des bois ! Il est peu d’endroits habités d’où, pour joindre la campagne, il ne faille traverser des espaces interlopes, une zone intermédiaire, des parages qui ont cessé d’être ruraux et ne sont pas devenus citadins !
La rue d’Ambert se perd dans la campagne, ou c’est le chemin des champs qui s’égare dans la ville. La promenade n’est pas une expédition : c’est le tour du jardin qui se prolonge, — et qui n’en finirait plus, par tant de séductions agrestes…