Le vent brutal arrachera ces éplorées,
Et le bois douloureux aura de longs murmures,
Où de la tige saine à la pointe roussie,
La mort prendra soudain la feuille bien vivante…
— Entends dans la forêt ces frissons d’épouvante…
… Les voici, les belles feuilles de novembre, à ces arbres, à ces bois roux dont il invoquait la muse ! Par Arlanc, Saint-Alyre, la Chaise-Dieu, le lac de Malaquet, quelle communion d’or et de flamme, — qui semble processionner vers le Puy, vers la stèle du poète… Avec les bouleaux, les peupliers, les hêtres, les cerisiers, les vinaigriers, d’autres dont je ne sais pas les noms, ce sont toutes les roses, tous les rouges, toutes les pourpres, tous les carmins de la palette, du feu, du corail, de la chair, des pierreries, des fleurs, des aurores et des couchants. Comment avec des mots redire l’apothéose de cette fin d’après-midi d’arrière-saison, au long de ce train-omnibus qui, par tant d’arrêts, peut-être, voulait témoigner qu’il n’était pas pressé de quitter ces merveilleux parages ! Nulle part encore, je n’avais assisté à pareille féerie, à si outrancière et délicate débauche de couleurs et de nuances, du vinaigrier éclatant comme un brasier d’incendie parmi les verts sapins, au svelte et haut peuplier à pâleurs d’ambre, laissant tomber des jaunets de cuivre clair comme la menue monnaie de ce fabuleux inventaire de la fin des beaux jours ! Mais à grands seaux de ténèbres, la Nuit va noyer ces flammes précaires, ces feux rapides de la forêt éphémère.
Ah ! garde en toi ce ciel immobile et si doux
Sur le mauve horizon de l’Automne qui meurt,
Déjà le val profond fait monter des vapeurs
Au front du Soir fragile et qui tombe à genoux !