Comme ce décor de barrière se retire vite de ma vie, à l’éblouissement des sublimes aspects de la montagne, — de mon cœur gagné à la haute nature…
(Des yeux charmants s’entr’ouvrent du lointain passé, graves de mélancolie et de reproche : n’ai-je pas connu, par ces guinguettes à canotiers, la première aventure ? par ces ruelles de faubourg, la marche triomphale de la vingtième année, accompagnée d’orgues de Barbarie sous les fenêtres, de clairons et de cors de chasse par les glacis et les fossés ! Soirs divins où l’on se moque bien que ce soit le cornet d’un tramway qui scande les aveux impérissables ! Non, je ne vais pas renier les heures enchantées, — il n’en sonne pas tant à l’horloge inflexible dont l’aiguille ne retourne jamais en arrière, — là-bas, au fond de ma mémoire encombrée, au bout du jardin où il a poussé de tout, ah ! s’il était permis de revenir sur ses pas, que j’irais droit sans me tromper, au mur de lierre, à la haie d’épine-vinette, à la tonnelle de chèvrefeuille, d’où mes plus chers souvenirs se penchent sur les mille miroirs brisés de l’eau du fleuve…)
J’en devenais injuste, détestant tout ce qui n’était pas la montagne retrouvée, délaissant mes poètes et mes maîtres d’hier, et tirant une révérence aux camarades de la génération symboliste et décadente. Désormais, j’escaladais et dévalais par les puys et les plombs, et le patois des bouviers me tenait lieu de littérature ; la plus traînante banalité reprenait un goût d’inédit, en passant dans une locution indigène. Enfin, ce fut par les dialectes cantaliens que je parvins aux grands félibres du Languedoc, de Gascogne et de Provence, et c’est par Aurillac que je m’acheminai vers Maillane…
Comment pourrais-je omettre d’en noter ma reconnaissance à ce brave petit livre d’Auguste Bancharel : La Grammaire et les Poètes de la langue patoise d’Auvergne !
L’ouvrage vaut surtout par la bonne volonté et par la foi aux destinées de la race, — une foi pratique et agissante…
Car, les considérations linguistiques de l’auteur sont des plus aventurées ; pour lui, la langue auvergnate et la celtique, c’est tout un : voilà pour les origines. Sans doute notre téméraire philologue admettra que, par la suite, le latin et le germain influencèrent le patois, mais sans le corrompre :
De tous les dialectes divers de la langue romane, le patois seul a conservé sa pureté, sa vie. C’est encore la langue que parlaient les troubadours, les maîtres de la sobregayo companhia. Le patois a la souplesse de l’italien, la majesté retentissante de l’espagnol, l’énergie et la concision du latin, avec le molle atque facetum, le dolce de l’Ionie qu’il hérita des Phocéens de Marseille, et l’imagination de la Gascogne qui lui a donné et lui conserve ses autres richesses.