Ici, Frédéric Mistral est né d’une de ces familles de ménagers qui vivent sur leur bien, en aristocrates de la terre. Il fut baptisé Frédéric ; mais, raconte le poète, parce que, ni à la mairie, ni au presbytère, on ne voulut accepter le prénom proposé par sa mère : NOSTRADAMUS, par souvenance du fameux astrologue de Saint-Remy ! Nostradamus ! l’enfant était voué aux astres.
En 1855, le père mort, la bastide natale passée à d’autres propriétaires, Mistral vint occuper la maison de Maillane, qui lui était échue en partage, en face de celle qu’il occupe aujourd’hui…
Mais derrière ces murs il ne faut point chercher de révélations profondes. L’œuvre splendide n’est point éclose dans ce bureau paisible du rez-de-chaussée. C’est un génie de plein air, de rayons et de parfums, que celui de Mistral, qui composait ses poèmes à travers champs, dans ses promenades vespérales, — tout le poème de Provence vivant, chantant autour de lui, avec son fond d’azur et son encadrement d’Alpilles.
Il n’avait qu’à sortir pour s’en trouver ébloui. « Ne voyais-je pas Mireille en personne, tantôt dans ces gentilles fillettes de Maillane qui venaient pour les vers à soie, cueillir la feuille des mûriers, tantôt dans l’allégresse de ces sarcleuses, faneuses, vendangeuses, oliveuses, la poitrine entr’ouverte, leur coiffe cravatée de blanc, dans les vignes ? » L’inspiration était dans le ciel :
Lou souleu me fa canta !
Le soleil me fait chanter…
A travers le crépuscule, auprès du vannier, du laboureur, du bûcheron, du devineur de sources, du chercheur de simples, du berger de brebis, il recueillait passionnément le langage du terroir, les costumes, les traditions. Le logis de Maillane n’était qu’une dépendance pour engranger la récolte lyrique de chaque jour !
La Maison de Maillane. Une heure et demie de voiture, car il faut s’y rendre ainsi, partant d’Avignon, par la route blanche, traversant de clairs villages, des cultures finement aménagées, entre leurs palissades de roseaux, derrière quelque bordure d’osiers aux vieilles souches taillées et retaillées en moignons étranges, avec, çà et là, quelque ligne de hauts et noirs cyprès décoratifs, et, à l’horizon, ces Alpilles désertiques où la lumière et l’ombre seules montent ou dévalent, par ces rochers incultes, ces falaises poudroyantes.
— Chez Mistral… le poète ? interroge le conducteur, car il est un autre Mistral, parent et voisin, enrichi dans l’industrie, dont l’auto transporte le poète aux solennités d’Arles ou d’Aix.
— C’est là…