De Jasmin, il n’y avait là qu’une gentillesse d’usage, envers qui lui rimait la bienvenue au chef-lieu du département.

Mais que dire des opinions portées, la plume à la main, par des compatriotes lettrés et qui devaient avoir l’ouvrage de J.-B. Veyre sous les yeux ! Je n’en citerai qu’un, le plus important, et le grand responsable, puisqu’il fit la préface des Piaoulats en 1860. Or, M. de Lescure n’hésite pas entre J.-B. Veyre et Frédéric Mistral :

Un avocat… Un riche propriétaire provençal, un homme du monde,… que j’ai vu moi-même à Paris colporter dans les bureaux d’un journal au sortir d’un élégant coupé, les produits d’une inspiration artificielle et savante… Les pâtres n’ont pas lu Mireille ; ils ne le comprendraient pas… Mais les pâtres comprendront Veyre, et Veyre sera chanté aux veillées ; et, dans sa hutte roulante, le pauvre gardeur de bestiaux fredonnera ses vers sur la montagne.

Ce n’est pas le pavé de l’ours. C’est une avalanche de basalte qu’une pareille présentation fait crouler sur une innocente victime !

CHAPITRE VI

Auguste Bancharel, un précurseur : Professeur, auteur, imprimeur comme Roumanille. — Le progrès dans la tradition. — Rimes Patoises et Grammaire. — Les veillées auvergnates. — L’abbé F. Courchinoux.

Poètes, et poètes de terroir, — on a vu qu’il y avait à hésiter sur le mérite des auteurs présentés par Auguste Bancharel comme des restaurateurs du patois, et des annonciateurs d’une renaissance auvergnate…

S’il y a eu quelque précurseur, — c’est Auguste Bancharel lui-même, à qui l’on doit l’initiation précieuse d’Arsène Vermenouze.

Toutes distances gardées pour tous quatre, il aura été à Vermenouze ce que fut Roumanille pour Mistral. Sa vie et son œuvre ne sont pas sans analogies avec celles du Créateur des Provençales, qui réunissait sous la même couverture Mistral, Aubanel, etc., et servit de tribune aux nouveaux poètes. Ainsi, dans les Rimes Patoises et dans La Grammaire, Auguste Bancharel recueillait les anciens, groupait les nouveaux venus. Tous deux sortaient de l’enseignement pour devenir auteurs-imprimeurs. On trouverait d’autres points de comparaison, quant à leur gaie tournure d’esprit, à leur sentiment du terroir, à leurs tendances combatives et politiques, l’un, pamphlétaire des Enterre-chiens, les enterrements civils, — ultra-catholique et conservateur, — l’autre, satiriste matois de la réaction de l’Ordre Moral et du Seize Mai. Mais il ne faudrait pas prolonger le parallèle, où les quelques essais de notre compatriote ne sauraient être mis en regard d’une production considérable, sous tous les rapports.