Rien d’étonnant à ce qu’un tel intrépide vide-bouteilles ait laissé une réputation d’originalité que n’était pas pour démentir son esprit caustique. Écoutez cette répartie :
— Comment se fait-il que je n’aie pas d’enfants, disait une dévote à M. Dupuy de Grandval. J’en désire tellement un ! Et voyez « la cafetière du coin », cette effrontée d’Irma. Elle en a quatre, qui sont magnifiques. Pourquoi tant à elle, quand j’en suis privée ? Moi qui en demande chaque jour au Bon Dieu !
— Elle s’y prend autrement, fit le poète cantalien.
— Et comment fait-elle.
Eh ! elle ne les demande pas au Bon Dieu mais aux hommes…
Plus important est le bagage de Jean-Baptiste Brayat (1779-1838) de Boisset où, en 1907, lui fut élevé un buste. La purge, la saignée, et la lecture de sa plaquette étaient les remèdes ordonnés habituellement par le pauvre officier de santé. Ces pratiques familières, un estomac complaisant qui ne refusait jamais un verre de vin, la bonne humeur et le désintéressement lui valaient de la popularité. Ce sont les qualités — autant que les défauts — domestiques de Brayat, plus que ses poèmes, je pense, qui provoquaient l’admiration et la reconnaissance de ses malades. Comment ne pas aimer un médecin qui ajoutait les médicaments à l’ordonnance, et, sur son calepin de visites, inscrivait :
« Pierré me pogoro si los costognon se bendou.
(Pierre me paiera si les châtaignes se vendent.)
On devine que le brave homme ne s’enrichissait pas à cette façon de traiter la clientèle !
Dès lors que Boisset dressait un buste de bronze au poète-médecin J.-B. Brayat, pourquoi J.-B. Veyre, le poète instituteur, n’aurait-il pas eu son monument à Saint-Simon ! Le Comité est formé, la souscription ouverte, bien que les promoteurs, MM. Armand Delmas, le Dr Vaquier ne prêtent pas « aux pépiements d’un roitelet » la voix du rossignol, comme galamment fit un soir Jasmin à l’auteur des Piaoulats d’un reipetit, qui le recevait, le 23 février 1854, à Aurillac, où le poète agenais était de passage, en tournée pour les pauvres :
Pâtre de Saint-Simon, j’ai quitté mon troupeau, — j’ai pris ma veste neuve et mon joli chapeau pour venir fêter ta grande renommée, — de couronnes de fleurs chaque jour parfumée… Auprès du rossignol, piaille le roitelet.
A quoi Jasmin répliquait :
Je m’y connais, Monsieur, cet oiseau chanteur a le chant harmonieux. — C’est un rossignol qui, par jeu, s’est vêtu — de la plume d’un roitelet.