« Le texte actuel est presque partout d’une langue très pure et très classique ; et il est très facile de faire réapparaître çà et là, sous la graphie modernisée, la forme ancienne.
« Pour le fond, s’il conserve une grande naïveté d’inspiration, il témoigne aussi d’une certaine maîtrise. Populaire par destination, cette pièce a dû être composée par un des clercs ou des prêtres qui faisaient partie du pèlerinage. Les pèlerins avaient l’habitude de chanter, aux étapes, des chansons destinées à leur attirer la bienveillance et les largesses des auditeurs. Ainsi firent-ils dans la ville de « Léon » devant de nombreuses dames (strophe X). La chanson chantée à Léon n’était pas la nôtre, puisque le voyage n’était pas terminé, et ne pouvait encore être narré jusqu’au bout, comme il est fait ici. La chanson actuelle comprend l’entrée à Saint-Jacques et l’accueil généreux fait par « Mgr l’Abbé ». Elle a dû être chantée à Saint-Jacques même, et pendant les étapes du retour à Aurillac. »
Il n’y a guère qu’un demi-siècle que le trajet s’accomplit plus aisément. Arsène Vermenouze a fixé en traits expressifs la peinture de ces chevauchées d’autrefois où nos cadets cantaliens ignoraient le chemin de fer :
L’ESPAGNE[4]
[4] En plein vent (Sonnets d’Auvergne), 8 v. Stock, éditeur, 1900.
Nos émigrants d’antan étaient de fameux hommes.
Ils allaient en Espagne à pied : les plus cossus
S’achetaient un cheval barbe, montaient dessus
Et partaient. Travailleurs, ardemment économes.
La plupart, au retour, rapportaient quelques sommes