Ce quatrain désabusé, figurant aussi au logis de Saint-Céré où se transportait le poète président Mainard, à tous loisirs, et ils étaient nombreux, de sa charge, il s’ensuit que la Camarde ne devait pas être exactement renseignée sur l’endroit où la conviait le célèbre faiseur d’épigrammes. Céré, où il naquit et dont il fit son principal séjour ; Aurillac où était le siège de son présidial, Toulouse qu’il fréquenta pour ses études, Rome où il suivit l’ambassade du comte de Noailles, — sa pensée n’y était jamais, — toute demeurée à Paris et à la Cour.

Il n’y a guère d’exemple de personnalité ayant échappé aussi complètement à l’ambiance. François Mainard n’était pas sorti de province avant vingt ou vingt-deux ans. Il aurait été présenté à Henri IV, au cours d’un voyage du roi en Limousin, en 1605. Il devint secrétaire des Commandements de la reine divorcée, avec quatre cents écus d’appointements. Collaborateur de Marguerite de Valois, il débutait dans le cercle brillant de l’hôtel de Sens, où Malherbe le distingue. Il se fait des protecteurs puissants. Mais l’assassinat d’Henri IV ruine tous ses projets. Il faut vivre, se créer une situation. François Mainard n’a pas trente ans ; il n’a vécu que de 1605 à 1610 à Paris ; cela aura suffi pour le marquer à jamais ; il n’achèvera qu’avec la mort d’intriguer pour reprendre pied dans la société brillante où il avait cru pouvoir se fixer en de hautes destinées.

Il épouse demoiselle Gaillarde de Boyer, une voisine de sa paroisse de Toulouse. Il l’installe à Saint-Céré, et avec les huit mille livres de dot, commence de négocier pour l’acquisition du présidial d’Aurillac. Il organise sa nouvelle existence. Tantôt en Auvergne, tantôt dans le Quercy, il présidera là aux séances des juges et du lieutenant criminel ; ici, il surveillera ses prés et ses vignes. Il a renoncé à la pompe et aux grandeurs, dira-t-il. Il brûle ce qu’il a adoré. Loin des parures trompeuses, des vaines apparences :

Hélène, Oriane, Angélique,

Je ne suis plus de vos amants,

Loin de moi l’éclat magnifique

Des noms puisés dans les romans.

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Ma passion, quoi qu’amour fasse,

Ne fera plus son paradis