Ferrières et Merdogne
dans la vallée de l’Alagnon.
«Le ciel, qui était si bleu, maintenant est nuageux; il pleut.—La brume, sur la lande, est déjà descendue.—Un vol d’oiseaux, rangés en longue file,—s’en va, là-bas, vers Peire-Levade.—L’on entend siffler quelque pluvier perdu,—et la voix d’un bouvier, par la brume caché,—et qui laboure en amont, par-delà la lande,—envoie, jusqu’à moi, les notes de la «Grande».—Le soleil blanchâtre, noyé dans le ciel gris,—semble un charbon qui, dans la cendre, s’éteint...—Un train passe à Jalès, dans une heure d’ici;—prenons doucettement le chemin de la gare.—Notre temps, nous ne l’avons pas, je crois, gaspillé:—nous avons fait deux cents vers, sans nous en être aperçu;—et quand nous arriverons à Aurillac, la cuisinière—peut préparer la cocotte, la broche et le porte-poêle;—même, demain, si nous allons prendre un verre chez «Cantuel»,—nous aurons le droit de mettre une plume au chapeau!»
Le château de Murols.
Voici, maintenant, un véritable poème épique, où Pierre, l’enfant d’Ytrac, a trouvé son Homère, pour redire ses hauts faits, encore que les plus pacifiques du monde; par la force créatrice du poète, les humbles et simples personnages de ce combat singulier à qui fauchera le plus vite et le mieux,—dispute de force fréquente au village,—s’égalent à de mémorables héros, aux plus vaillants champions de l’histoire, aux Argonautes naviguant vers la Toison d’or, à des conquistadors fabuleux, aux figures les plus hardies et les plus chevaleresques des littératures:
L’église de Murat et le rocher de Bonnevie.
«Bertrand de Lacapelle et Piorrounel d’Ytrac—passaient tous deux pour de rudes faucheurs.—Des hommes de ce poil, aujourd’hui nous n’en n’avons plus guère:—c’étaient des cadets qui savaient tondre un pré.—Bertrand, maigre, mais fort, dur et sec comme un os,—rien que d’un coup de poing faisait voler une planche en éclats.—L’autre, gros et carré, était plus petit;—mais personne ne faisait mépris de Piorrounel:—(ce sont les moutons petits qui ont la meilleure laine).—Mettez-vous dans la tête qu’un beau jour, qu’il était à Glane,—il attrapa un poinçon de deux bastes tout plein,—le souleva en l’air, et but à la régalade!—Il vous aurait mieux valu supporter, sur le sommet du crâne,—un coup de gourdin, et même un bon coup de maillet,—que de recevoir un atout de Piorrou.—Voyez-vous, pour la force, il était pire qu’un taureau.