Pénitents à la procession
de Saint-Anthème.
«J’en suis, de ce pays: ce n’est pas loin de Saint-Paul,—que fume la cheminée de notre vieille maison.—Sans ce puy, là-bas, sans le Puy-de-Cossouire,—qui la cache, d’ici, presque, nous pourrions la voir.—Le cœur, en devenant vieux, s’attendrit; aujourd’hui,—je sens, dans le mien, naître et croître une racine—qui m’attache, toujours plus forte et plus solide,—à notre Auvergne bénie,—à la terre où les miens, ceux de mon sang,—dorment leur dernier somme.
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«Maintenant, nous allons partager, si vous vous en sentez l’envie,—un morceau de saucisse froide,—que nous arroserons d’une pauque de vin:—ce n’est pas une fameuse invite.—Mais un chasseur de mon âge—ne peut pas trop se charger de victuailles:—le fusil et les munitions,—(c’est déjà assez embarrassant).—Après, nous boirons quelques gouttelettes—d’une eau-de-vie que j’ai, vieille à s’en lécher les lèvres,—et nous ferons une trouée droit devant,—pour aller faire le bois d’Amon,—en passant par le Trou des Salamandres:
«O Trou qui, dans la bruyère et l’herbe sèche des marais, te caches,—où canes et canards et girles, bien des fois,—vont se mettre à l’abri du vent;—fossé traître, qu’au pied d’un monticule l’on trouve,—replié comme une couleuvre,—que de bêtes ont barboté au fond de la maigre flaque d’eau;—et que de sarcelles, par paires,—sont tombées là, sous le plomb des fusils doubles!—Si tu avais tout le gibier qui, dans ton eau dormante, est mort,—tu en déborderais!—mais aujourd’hui le fossé en est vide; c’est fâcheux:—nous n’y étourdirons pas de canard sauvage!
Les accessoires de la Passion
à la procession de Saint-Anthème.
«En ce moment les grenouilles y frayent,—et même les crapauds, par monceaux.—Et tout cela, mêlé, patauge dans la vase.—L’eau croupie en est pleine, jusqu’au ras.—Vous pouvez les voir, là, par grappes, par bouquets,—les uns sur les autres, à cheval!—Ah! goudots, mes amis, si vous craignez le crapaud,—et si vous ne voulez pas l’héberger chez vous,—n’achetez jamais la grenouille écorchée;—demandez-la toujours vêtue de sa peau;—méfiez-vous du premier coup d’œil;—car le goudot, vous le savez, est un peu pêche-lune,—et vous pourriez vous tromper sur le compte de beaucoup (de grenouilles).
«Mais c’est assez bavarder: Tom s’ennuie. Filons—vers le bois d’Amon, qui n’est pas loin.—Dans ce bois (plutôt cette succession de halliers),—les jeunes pousses de chêne, dans la bruyère enchevêtrées,—entravent le chasseur, et, le cinglant,—viennent lui caresser le mourre quelquefois.—Pour y passer, il faut se courber autant que l’on peut,—et il faut, dans les ronciers et la fougère haute,—bien souvent cheminer sur les mains.—Si vous avez un fusil court, un fusil-bécassier,—par hasard, vous y pourrez atteindre la bête;—mais la moitié du temps, vous n’ouïrez qu’un bruit d’aile:—Pla! pla... L’hiver pourtant, quand il fait froid, et quand il gèle,—au bord d’un ruisselet, qui divise le bois,—vous tirerez, plus commodes, une bécasse ou deux.—Aujourd’hui, ce n’est pas le moment: sortons; le temps menace;—l’heure est venue, à mon avis, d’achever notre chasse;—même, je crois qu’il n’est pas trop tôt.