«—Et, tenez! vous ne voyez pas, là-bas, ce monticule,—coiffé d’arbustes minces?—c’est une «bouleaunière».—Allons-y faire un tour: quelquefois on ne sait pas...
«Déjà, mon brave Tom y chemine à grands pas.—Le genévrier qui pique, et qui est toujours vert, y pousse,—avec force touffes de bruyère,—et de fougère sèche et rousse,—toute fanée par l’hiver.—Et, dites donc! qu’est-ce qu’il a, Tom? il se retourne en travers,—et s’immobilise à nouveau pire qu’aucune souche!—Allons! un autre arrêt. Moi, j’en ai l’eau à la bouche,—car d’ici, je sais ce que c’est—que m’arrête ainsi mon vieux chien.—J’arrive à petits pas: pla, pla! Tout apeurée,—une bécasse part; je la tire... je l’ai manquée!...—Elle m’a pris un mauvais petit bouleau devant,—gros comme un poignet, même peut-être pas autant,—mais c’en a bien été assez; c’en a bien été de trop!—Je m’arracherais tous les boutons de la veste,—et même tous les poils de la tête.—Mille pétards d’écu! nom d’un sabbat!—un gibier comme ça, dire que je l’ai manqué!...
Aux environs d’Ambert.
«—Par bonheur, je sais où elle est: j’ai vu la remise.—Elle est au milieu de cette terre en pâture,—là-bas, à côté de ce pied de houx:—Tom ici!—Demeure derrière, un peu.—Cette fois, il nous la faut empocher.—La bécasse, en effet, à découvert, sans arbre,—me part comme un chiffon, et le pauvre long-bec,—vous pouvez penser qu’il ne va pas loin.
Près d’Arlanc.—Route de la Chaise-Dieu.
«—Mais avant de retourner barboter dans les prés d’Auze,—nous ferons, sur cette crête, si vous voulez, une halte;—regardons le pays qui se voit, d’ici...—Sur la droite, ce vieil étang,—c’est l’étang délabré de M. de la Serre.—J’ai Prentegarde à la main gauche,—et, devant moi, là-haut, dans le ciel bleu et clair,—de grands puys blancs comme l’écume de la mer:—c’est le Griounel, le Col-de-Cabre,—le Puy-Mary, fourchu, qui, diriez-vous, se cabre,—allonge le cou, sous sa crinière de neige,—et, comme un fier cheval, hennit dans le ciel.—Le surplus du pays, bruyère et lande le remplissent,—avec des flaques, çà et là, qui reluisent,—et, le long des pentes, sur les crêtes, éparpillés,—quelques bouleaux maigres et de rousses broussailles.—Des pins, tous pareils, tous de même hauteur—(l’on dirait des carrés de soldats en bataille),—et déployés comme le velours d’un tapis,—mettent leur tache verte au milieu de la brousse grise.
«—De gazon, nulle part: cette terre est pauvre.—Personne ne la défriche; jamais personne ne la laboure;—elle ne reçoit pas de fumier, par an, une pleine civière;—aussi vous n’y voyez pas un simple écobuage,—pas un petit pré comme la main, pas un chaume;—et quelque bergère à la longue quenouille,—d’où sort la laine noire ou blanche d’un monel,—seule y garde son troupeau.
«—Eh bien (vous ne le croiriez pas!), ce pays farouche—me plaît plus qu’un autre, aujourd’hui que je me fais sur l’âge:—c’est là que mon père aimé (devant Dieu soit),—quand j’étais petit, bien souvent me prenait:—Lui chassait, et moi, je le suivais.—(D’y penser mon œil s’obscurcit d’une larme!)—Et plus tard, quand je pus à mon tour prendre un fusil,—c’est là que j’ai fait mes premiers coups heureux,—et que j’ai tué mes premiers sourdous;—même, je crois bien que le bon Dieu me prédestine,—à y démolir ma dernière bécasse.