«Il en arrive des groupes se chevauchant, des grappes, noires, rousses,—verdâtres et couleur de bronze, tant et plus.—Toutes mordent la viande: tu en auras, j’en aurai!...—Et le monceau augmente à vue d’œil et pousse,—pousse comme une taupinière quand la taupe y travaille.

«Dis, toi, Parisien, qui, du pied d’une souche,—vises tout le jour quelque maigre goujon,—et lorsque tu le prends, fais le fier et le vantard,—dis, cela ne te fait pas venir l’eau à la bouche?...—Eh bien! donc, viens nous voir, Aurillac n’est pas bien loin.

«Nous t’apprendrons la pêche à la mouche ou à la plume,—nous t’apprendrons comment du milieu d’un fourré,—avec dix toises de fil, les pêcheurs d’Aurillac—s’en vont cueillir le long des rochers, où l’eau écume,—de gros poissons mouchetés de rouge et de bleu.

«C’est la truite: la truite est comme la bourrée,—ce sont deux produits nés sous le même ciel:—savoir harponner l’une au bout d’un fil,—et danser l’autre, c’est malin, tu n’en as pas idée!—et toi, qui es Parisien, tu y sueras, crois-moi.

«Mais aussi, quand tu sauras danser la montagnarde;—quand tu sauras prendre la truite à pleins paniers,—il ne te manquera plus rien, et nos campagnardes,—dans leur gentil parler, tout ensemble âpre et doux, te complimenteront de leur bouche mignarde,—prêtes à se laisser dérober quelques baisers...

«J’aime les rochers: ce sont les os de la terre,—os durs et pointus, qui lui percent la peau.—La pluie, le soleil, la neige leur font la guerre;—parfois, seulement quelque maigre arbrisseau—leur couvre le chef et leur sert de chapeau.»

Fermons le livre; c’en est fini de l’Auvergne dans un fauteuil, par la magie du poète; il faut reprendre notre bâton de marcheur, et frappant le caillou et frappant le roc, par les villes ou les montagnes, tâcher à notre tour d’en faire jaillir quelque étincelle, sourdre quelque fil d’eau...

O patois, cher parler d’Auvergne, patois que parlait ma mère, et qui s’est tu pour toujours à mes oreilles et à mon cœur! Chacun de ceux qui le parlaient et qui s’en vont l’entraînent un peu à la tombe et à l’oubli; il se perd...

Est-ce un bien, est-ce un mal?

C’est un fait.