La Loire au pont de Brive-Charensac.

«Mais la Cère n’est pas partout noire et sauvage,—non pas; elle n’écume pas partout comme un chien enragé;—pour lit, elle n’a pas toujours des rochers; elle en a de plus moelleux,—où la vache, comme dans un miroir, se regarde,—et descend, et s’abreuve avec de l’eau jusqu’au cou.

«Auprès des roseaux, dans l’herbe grasse et haute,—vous y voyez le goujon, qui fouille la vase sur les bords,—la truite qui luit, et qui bat l’eau de sa queue et saute,—et le chabot, vêtu d’argent, qui passe comme un éclair et frétille,—au milieu d’un sable fin comme une poussière d’or.

«Et le long de son flot d’eau claire et blonde,—des ormeaux et des tilleuls, des chênes, des hêtres,—poussent, tronc contre tronc, pommés comme des choux,—et leur frondaison est entière, et leur cime est vierge,—car la hache encore n’a pas osé monter si haut.

«Et par les prés où l’abeille, en mai, cueille son miel,—et par les grands bois feuillus, tout pleins de senteurs,—la Cère doucement fait des tours, des détours,—et s’épand sans bruit dans l’ombre bleue et fraîche,—mi-cachée par les herbes et les fleurs.

Viverols.

«C’est par là que j’ai souvent pêché l’écrevisse,—et qu’on m’a bien souvent porté le déjeuner,—à l’ombre d’un vergne ou d’un tilleul, le matin,—et jamais pain de tourte et jamais pain blanc—ne m’a paru aussi bon, aussi tendre que là.

«Dans la mousse enveloppés, comme dans une gousse—(telle la châtaigne est dans sa bogue),—les rochers semblent vêtus de soie et de velours.—Je m’assieds sur l’un, l’autre me sert de table,—et je déjeune en écoutant chanter les petits oiseaux.

«Après le déjeuner, je m’en vais vers la rivière,—et je me cache bien, car l’écrevisse a l’œil vif.—Mes paniers, amorcés d’une tête de mouton crue,—sont pleins:—d’entre les racines, de sous chaque pierre,—de partout, l’écrevisse arrive en procession.