Saint-Flour!... crie l’employé de chemin de fer: Chaint-Flour, inévitablement, ripostent, avec les plaisanteries et moqueries ordinaires, les voyageurs subitement en joie et en rires, à ce seul mot de Saint-Flour, Chaint-Flour, d’où descendent tous les Auverpins; car, Saint-Flour c’est l’Auvergne, et l’Auvergne c’est Saint-Flour, pour l’ignorance française: il est vrai que les Sanflorains s’ignorent à peu près autant qu’on les ignore.

Sans doute, ils jugent que ce serait du temps gâché que d’imposer silence à la raillerie, en faisant valoir leurs droits à l’histoire; ils vivent, et meurent, dans l’insouci complet de la gloire à laquelle ils pourraient prétendre.

Car c’est la fin de Saint-Flour, la fière cité, dont l’héroïsme avait résisté à tant d’attaques, expirant sur son roc inexpugnable, à neuf cents mètres d’altitude, cent huit mètres au-dessus de la vallée, tout son sang ayant coulé au faubourg, gras et florissant, le Saint-Flour commercial et industriel d’aujourd’hui,—qui n’est pas Saint-Flour...

Cependant, Saint-Flour ne périra pas tout; il ne s’effritera pas dans l’oubli, sans que l’on ait été averti qu’il y avait là de l’injustice à réparer, de la grandeur à célébrer,—la mémoire d’une vaillance de population unique à honorer. Que de villes, que l’on continue de qualifier imprenables, qui furent prises et reprises! Elles ne s’interdisent point, pour si peu, de perpétuer leur réputation, et, vaincues, de se décerner le triomphe. A Saint-Flour, nous nous trouvons devant une des rarissimes villes vierges de France! comme s’exprime dans ses excellentes investigations M. Marcellin Boudet, qui s’est voué à la réhabilitation de la capitale de la haute Auvergne.

Quels assauts, pourtant, il lui fallut soutenir, clef du royaume du côté du Languedoc et de la Guyenne, contre l’Anglais, pendant cette guerre de Cent Ans qui en dura trente-sept en Auvergne;—Saint-Flour «insidiata de die et de nocte, mentionnent des documents contemporains, la trahison aussi souvent employée que la force»; en 1395, Charles VI rappelle que, «depuis vingt-cinq ans en arrière, les Anglais ont fait à Saint-Flour la plus forte guerre qu’ils ont peu...»

Amère et farouche destinée que celle de Saint-Flour, plus cernée, bloquée et assaillie sur son roc, durant des siècles, par la guerre, qu’un écueil de l’Océan par les vagues, ne marquant pas plus dans l’histoire, que ne fait dans la géographie l’îlot aride où rien n’aborde... Saint-Flour, la vraie «ville noire», auprès de laquelle Thiers n’est que lis et que roses, auprès de laquelle toutes les noiraudes auvergnates, de Clermont à Murat, ne sont que brunes, fauves, rousses, châtaines! Saint-Flour, noire, comme calcinée, jaillie du feu, noire de sa sinistre origine, noire de tant de coups de mine et autres des batailles, noire comme si elle portait son deuil, tombeau d’elle-même, là-haut...

Saint-Flour... du nom d’un évêque de Lodève, qui évangélisa la contrée, au IVe siècle...

Ce ne fut d’abord qu’un oratoire, érigé à la mémoire du saint, où les pèlerins vinrent, fréquents; puis deux villages, dont Indiciac (Indiciacus), qui se serait appelé ainsi d’un phare situé là; mais l’opinion récente veut que Indiciac, (indicti ac) ait été «le lieu de l’indic, de l’indiction; celui où s’assemblent les chefs pour répartir l’impôt...» Et l’existence gauloise et gallo-romaine d’Indiciac serait prouvée.

Saint-Flour.—Les vieilles halles.