Chateaubriand et Fléchier différaient singulièrement d’avis sur Clermont, qui n’avait pas dû changer beaucoup de celui-ci à celui-là; leur manière de voir est plus divergente encore en ce qui concerne la population.
Femmes revenant du marché.
Écoutez Fléchier:
«Si les femmes y sont laides, on peut dire qu’elles y sont bien fécondes. C’est une vérité constante qu’une dame qui mourut il y a quelques années, âgée de quatre-vingts ans, fit le dénombrement de ses neveux et nièces, en compta jusqu’au nombre de quatre cent soixante-neuf vivants, et plus de mille autres morts, qu’elle avait vus durant sa vie. J’en ai vu la table généalogique que M. Blaise Pascal, son fils, en a fait dresser pour la rareté du fait...»
Et Fléchier, longtemps, plaisante sur ce thème qu’ici «les femmes ne seraient stériles que longtemps après les autres, et que le jour du jugement n’arriverait chez eux que longtemps après qu’il aurait passé par tout le reste du monde. Cette grande bénédiction continue, et deux ou trois dames que nous avons vues, et qui paraissaient encore bien fraîches, comptent le dix-huitième de leurs enfants, et quelques autres, que l’on prenait pour jeunes, ne comptaient pour rien de n’avoir eu que dix garçons. Aussi la vérole, qui est la contagion des enfants, s’étant répandue, s’est enfin lassée dans la ville, et, après en avoir emporté plus de mille, elle s’est retirée de dépit qu’elle a eu qu’il n’y parut pas.»
Je crois bien que cette vertu ne s’est pas tarie de nos jours encore, d’après les statistiques, et il suffit quelque dimanche d’été de se mêler à la foule qui se répand dans les environs de Clermont pour assister au défilé de copieuses familles.
Avec l’habitude maternelle d’habiller les enfants pareil, cela fait de chaque groupe une tribu aux mêmes couleurs d’aspect bien particulier. En un séjour ici, je ne me rassasiais pas de voir passer les sœurs, des compagnies sans fin se suivant, en promenade de Clermont à Fontanat, de jeunes filles, vêtues semblablement par trois, quatre, cinq, rouges et fortes, promettant, elles aussi, de superbes lignées.
Mais sont-elles jolies ou pas?
Je voudrais bien laisser la responsabilité de ce jugement à d’autres. J’ai noté comment les goûts sont partagés.