Il en coûta cher à Saint-Flour d’avoir prétendu à ce titre, les Sanflorains désarmés, la destruction des remparts arrêtée, attendu «qu’il importe d’établir promptement la ligne de démarcation entre les intrigants et les véritables montagnards sans-culottes, et de délivrer le peuple de toute confiance subjuguante; de le dégager de ses murs, de ses portes qui sont autant d’entraves à la liberté... des antiques murailles, qui existent depuis huit siècles autour de cette commune et qui, sous le nom de fortifications n’étaient qu’un objet d’agrément, qui, pendant l’hiver, garantissait de la violence des vents du Nord».
(Rien que pour ce motif ils eussent été d’une certaine utilité, déjà, car il y souffle le vent du Nord, hou, hou, hou, le vent de Saint-Flour. Mais, qualifier objet d’agrément ces murailles cuites et recuites aux flammes de l’incendie, dont les pierres devaient être chaudes encore de la fournaise allumée des siècles autour de ces enceintes, c’était par trop rudoyer l’histoire.)
Saint-Flour dut quitter son nom, s’appela «Fort-Cantal», qui parut arrogant, qu’il fallut changer contre «Fort-Libre».
Arrestations, dévastations, exécutions,—Châteauneuf-Randon terrorisa Saint-Flour et la Planèze,—églises saccagées, monuments détruits, fermes pillées,—tant d’atrocités qu’il paraît que longtemps après «le silence des ans témoignait du deuil de la cité—qui n’avait pas conservé une seule horloge».
Saint-Flour...
Ce n’est plus qu’une petite vieille en décrépitude, grelottante, et minable sous le vent lugubre, hou, hou, hou, le bon Dieu de Saint-Flour...
Hou, hou, hou...
D’où vient la légende du bon Dieu de Saint-Flour, qui fait hou, hou, hou? Est-ce de Florus, qui pour appeler les hommes de la vallée à ses prédications, se servait d’une corne d’auroch? Ne serait-ce pas plutôt du Christ d’airain qui, jadis, s’élevait, en face des tours massives de la cathédrale: «Il était creux, et l’artiste avait soigneusement ménagé, dans le côté, la plaie béante que fit au Crucifié la lance du légionnaire romain. L’image sainte devenait par cela même un énorme sifflet, une rudimentaire sirène, hurlant tristement, alors que, durant la longue période d’hiver, l’aquilon ventait furieux...»
Hou, hou, hou...
C’est à peu près tout ce que l’on entend dans la ville noire, au silence de ville morte...