Hou, hou, hou...

Saint-Flour.—La cathédrale.

Cependant la cité fut vivante et bien vivante: «Lisez les documents, l’ouvrier sanflorain savait fabriquer ses armes, sa poudre, tout comme ses souliers, ses vêtements. Il savait travailler l’or et l’argent en émail; sa marque de fabrique, un S avec une fleur de lis, a fait, au moyen âge, l’objet de lettres patentes qui donnent une idée générale du luxe d’alors. Ce luxe était grand. L’activité locale, appliquée surtout à la tisseranderie, la cordonnerie, la parcheminerie, la ganterie, la coutellerie, la teinturerie, alimentaient un commerce important. Les principaux débouchés de ce commerce étaient le Puy, Clermont, Lyon, surtout Lyon. Les transports se faisaient à dos de mulets par caravanes. En temps de trouble ou de guerre, des coureurs, presque organisés en service postal, avertissaient les caravanes. Les caravanes se dispersaient alors dans les villages. La «drapadura de la mayson de San-Flor», qui consistait dans la fabrication de trois espèces de draps communs, le blanc, le saur (d’où le nom de saurel, puis sorel), le bru ou sarrazi, jouissait autrefois de la réputation dont jouit aujourd’hui la fabrication de nos limousines... Le commerce était en honneur. Mme Blaud vendait du drap pendant que le docteur Blaud faisait de la médecine. Un inventaire de 1348 nous montre et les belles ceintures de soie à boutons et agrafes d’argent, dont se parait le docteur; et l’épée et la guisarme dont il s’armait pour défendre la ville, car tout homme valide était soldat de dix-huit à quarante ans; et ses quatre livres de médecine; et les pièces de drap de diverses provenances que vendait Mme Blaud, et la superbe couronne frettée d’argent avec des perles et des pierres dorées, qu’elle portait le jour de ses noces, et la belle bourse de velours vert dans laquelle le commerce et la science médicale serraient leurs agnels et leurs moutons d’or, leurs florins et leurs écus de Toulouse...»

Le vent... à peu près tout ce qui passe dans ces rues tortueuses, enchevêtrées, où ne pénètre guère le soleil, la lumière, maisons massives, aux ouvertures barrées de fer, aux portes assurées de verrous et de chaînes, aux fenêtres soupçonneuses, inquiètes et défiantes encore... Des bâtiments de couvents, de séminaires, une ancienne église devenue halle aux blés, quelque fenêtre, quelque portail Renaissance, un Palais de Justice, qui ne s’anime qu’aux sessions d’assises,—le chef-lieu judiciaire maintenu à Saint-Flour avec l’évêché, débris de sa fortune caduque...

Saint-Flour et le torrent du Lander.

Excepté aux chemins de passage, aux quartiers des boutiques, l’herbe fait des cadres aux pavés des rues, frange les murs. Après quelques minutes sur la Promenade, sans promeneurs, après quelques minutes vers les vestiges de l’enceinte des fortifications, qui défendait l’entrée de Saint-Flour du côté de la plaine, il n’y a plus à visiter que la cathédrale, tout à la pointe du cap, au bord de la falaise à pic, sur une placette entourée d’échoppes et d’auberges aux étages surplombants...

La plus pauvre que je sache, cette cathédrale, dans le vent qui l’assiège de toutes parts...!

Une façade nue comme une façade de forteresse, et deux tours larges et courtes, qui s’écrasent dessus... «aucun style d’architecture, d’un effet détestable», condamne Mérimée.