Difficile, car l’expression de petite Égypte, voire celle de petite Limagne, voire celle de grenier de la Haute-Auvergne sont bien ambitieuses, pour cette plaine d’une maigre fertilité, la Planèze, basse et haute, dix-huit kilomètres sur des sommets nivelés en plateau de basalte. Elle donne des grains; et des chevaux, des mulets, des moutons s’y élèvent. Mais les récoltes sont aléatoires, avec le climat hasardeux, si aventureuse, la vie, sur celle Planèze, que le Planézard émigre, comme les autres montagnards...

Mélancolique traversée aux grisailles de l’automne, parmi ces labours et toujours ces labours, sans arbres, un désert avec des croix aux carrefours des routes, des dolmens, des menhirs; çà et là, de temps à autre, quelque berger, le feutre sur les yeux, enveloppé dans sa limousine, assis sur un brancard de sa cabane roulante, son lobrit contre lui; de temps à autre quelque hameau affaissé dans un repli de terrain,—le seul Tanavelle pointant, visible de partout, dressé sur une butte, avec l’église émergeant comme un phare de cette mer aux vagues de sillons monotones, à perte de regard, jusqu’au large du ciel...

Château de Sailhant.

Aux haltes du voiturier, aux groupes d’habitations que signalent les rares bouquets d’arbres de cette pauvre Beauce suspendue aux cimes cantaliennes, que n’anime plus la diligence de Murat à Saint-Flour, depuis le chemin de fer de Neussargues on peut vérifier les descriptions usuelles de ces masures-étables où les Planézards, faute de combustible, cohabitent avec le bétail, couchés l’hiver les trois quarts du temps, pour lutter contre le froid, n’ayant à brûler que de la tourbe de Valuéjols, d’Ussel, de Tanavelle, le peu de bois qu’ils tirent du Lioran, ou des bosquets de l’Alagnon...

Pourtant nous trouverons à glaner quelques pages, au hasard du souvenir et des lectures, sur ces terres avares de la Planèze, et le pays rayonnant de Saint-Flour...

A Andelat se voyaient les ruines du château de Sailhant qui fut occupé par les Anglais, au XIVe siècle,—à quatre kilomètres de Saint-Flour! Il appartint à Anne Dubourg, chancelier de France; son fils, chef huguenot, y fut brûlé dans un four,—et, naguère, il était, avec sa cascade, la propriété de Mary Raynaud, député invalidé du Cantal, financier en fuite, qui l’avait reconstruit, dans le même temps qu’il faisait poser l’électricité à Pierrefort, où elle n’a jamais pu s’acclimater, où elle n’existe que par des poteaux et des fils... Ainsi Pierrefort apparaît comme un bêta d’oiseau pris aux lacs... Après l’emplacement du château, et l’église typique, moitié temple, moitié citadelle, pouvant être défendue, reliée aux fortifications, montrant encore des meurtrières, cela compose à peu près, avec la ferme modèle de La Chassagne, toutes les curiosités de ce chef-lieu de canton, que j’admire fort tout de même: c’est le mien!

A Pierrefort.

Près de Coltines, le dolmen de Bardon sert d’abri aux pâtres, tandis qu’à Talizat, un menhir, surmonté d’un saint Menais, fut, au XVe siècle, l’objet d’une dévotion empressée.