On dit que les couleuvres aiment le lait, au point de téter les vaches, qui s’y prêtent et s’y habituent, très aises d’être soulagées de la sorte. Ici, une petite couleuvre aurait pénétré jusque dans l’estomac d’un pâtre endormi, qui avait bu du lait. Il était en proie à d’atroces convulsions; sa mère le porte au menhir de Saint-Menais: après des prières, l’enfant rendit un reptile que l’on tua et suspendit à la pierre; depuis, il n’y a plus eu de serpents à Talizat.

A Coren, une font-salado, des eaux minérales exploitées des Romains: dans les fouilles, on a recueilli des monnaies d’empereurs et d’impératrices, d’Auguste à Marc-Aurèle, des bracelets gaulois, une statuette en hêtre, des noix et noisettes d’il y a dix-huit siècles, des débris de poteries, sans doute, des offrandes à la divinité de la source; des offrandes en reconnaissance comme aujourd’hui, à la fontaine de Salins, les parents des enfants guéris de la teigne, en neuf jours, déposent des pièces de monnaie... A Coren, se battirent en duel Gaspard, marquis d’Espinchal, et le comte Sailhant du Rochain, que sa femme avait avisé de l’obsession du marquis envers elle. Le comte et les deux témoins de d’Espinchal furent tués, dans cette multiple rencontre...

Les ternes
Route de Pierrefort.

Près de Valuéjols, Lescure, le pèlerinage de Notre-Dame de Visitation, qui se révéla à Jean Paillé, au Peuch de Besse; le berger visionné fut traité de simple, d’abord. Cependant au bout de sept années de misère telle «que l’on changeait un char de foin pour une tourte de pain», après grêles et gelées les habitants assistaient à ce prodige, la cessation des orages, aux prières de Jean Paillé. On consent à bâtir une chapelle, mais au bourg, non à cette lande des quatre vents, là-haut. La vierge, comme celle de Besse, se refuse à descendre. «Quelques hommes de Lescure, froissés de n’avoir pu garder la vierge au milieu de leur village, se prêtaient de mauvaise grâce à la construction de la nouvelle chapelle. L’un deux, entre autres, nommé Bellet-Redon, répondit au berger qui le pressait de concourir comme tout le monde à ce saint travail: «Va, va, nos vaches ne s’y écorneront pas.» Et, le lendemain, il trouvait les quatre cornes de ses vaches dans la crèche. De là, les cornes de vache jadis appendues comme des trophées aux colonnes du retable.

A Cussac, Amantins était venu de Clermont, pour se mortifier. Le solitaire avait près de lui sa fille. Pour augmenter sa mortification, il résolut de s’en séparer: «Tu ne viendras qu’une fois l’an,—au printemps, quand les marguerites seront venues.»—Hélène partit, pria toute la nuit; c’était après Noël; la neige couvrait la terre... Au réveil, la maison d’Hélène était entourée de fleurs: tout le village la suivit, et les fleurs fendaient la glace, s’épanouissaient sous les pieds d’Hélène. Amantins reçut sa fille avec de gros transports—et ne la renvoya pas.

A Villedieu, une admirable église inachevée; aux Ternes, encore d’Espinchal, qui jeta, dans les oubliettes du château, un page amoureux de la marquise, le condamnant à mourir de faim, pendant que sa famille recevait de lui, de mois en mois, d’Italie, des lettres que le marquis lui avait fait écrire...

La coulée de lave de Tagenac.

A Sériers, à Lavastrie, des pierres druidiques. A Neuvéglise, les ruines du manoir de Rochegonde, où Aimerigot-Marchès, la terreur de la Planèze et du Carladès fut prisonnier, Aimerigot-Marchès, une figure d’audace et d’aventure dont Froissart a si vivement tracé le portrait,—avec nombre d’inexactitudes historiques. Descendant des Marchès, de la Manche et du Limousin, fils d’un Aiméric-Marchès, qui servait le parti français, Aimerigot, vers 1371, présenté par un oncle, son tuteur, au prince anglais, guerroya dans les troupes de Lancastre, occupa Carlat, sous Pierre de Galard. Plus tard, il est lui-même à la tête d’une petite bande, et ne tarde pas à se faire battre, et emprisonner à l’Artige. Sa liberté recouvrée, il se hâte à d’autres expéditions. Dès lors, il est partout, à Chastel-sur-Murat, aux châteaux de Fortuniers, de Chavanon. Le voici capitaine des Fortuniers, sous les murs de Saint-Flour, traitant pour un pâtis. Il vend Fortuniers, pour courir ailleurs, dévaste la terre de Mercœur, s’empare de la place, par ruse, «s’étant avancé benoîtement, sans troupes, pour parler au portier, lui prit la main par la fenêtre et lui laissa le choix de perdre la vie ou de donner les clefs.» Mercœur, château de la dauphine d’Auvergne, qui dut le racheter!... car, c’est l’une des caractéristiques d’Aimerigot, qu’il fut «plus spéculateur que conquérant». Il avait là tous bénéfices. La chose vendue, il venait la reprendre,—en effet, il ne tarda pas à piller derechef les terres du dauphin,—tandis qu’il eût été dans l’impossibilité d’assurer ses prises. Il se faisait de bonnes rentes de ces rachats, des rentes payées exactement, crainte de récidive; en sus, «le comte dauphin le festoyait à sa table.» Sa réputation devint telle qu’il n’est plus une prise importante, un coup d’audace qu’on ne lui attribue.