Pourtant, si la femme d’Auvergne ne s’est pas immortalisée par de glorieux faits individuels, elle se perpétue, s’éternise en masse, fort honorablement. On ne vante d’elle ni beauté, ni charme, ni séduction, ni grâce. Il ne traîne nulle senteur capiteuse de passion dans le vent coupant des cimes; l’air n’est point chargé d’amour; les femmes d’Auvergne ne fournissent point aux romanciers et aux poètes des cas de subtilités psychologiques, jeunes filles perverses, épouses troubles, veuves compliquées, âmes-labyrinthes!

Ce à quoi rêvent les jeunes filles ici,—et rêvent-elles!—c’est de se marier, tout banalement; encore, les parents s’en occupent-ils le plus généralement; quand l’épouseur est d’accord avec les vieux, la fille ne résiste guère; les fiançailles sont des accordailles, et le mot est bien plus juste; car le sentiment est rarement seul de la partie dans l’hymen auvergnat; la femme n’est point prise que pour sa peau blanche et ses yeux bleus, mais plus encore pour le bien qu’elle a à lui venir et ses qualités de travail: une fois mariée, il faudra s’atteler à l’ouvrage, comme l’homme; la chanson est là pour avertir les trop pressées:

Maridado yeou fouguesso,

Maridado a moun plotsi;

N’en passario la matinado

Al coustat de moun ami.

(Mariée, que je sois,—Mariée à mon goût,—Je passerai la matinée,—Aux côtés de mon ami...)

souhaite la jouvencelle, mais:

Gardo toun boun ten,

Pichioto,