La nuit n’aura point été, dans les environs, sans quelque accident, ivrognes affalés par-ci par-là; sans quelques batostes: les fêtes, dans la chaleur du vin, sont fréquemment suivies de ces batailles à coups de bâton, à coups de pierre, où l’on règle les différends, les querelles de village à village, surtout: c’est la vendetta ordinaire; ceux d’ici ont fait quelque chose à ceux de là; chaque occasion, où les têtes se troublent, sera le prélude d’une batterie sauvage...
Mais tout cela dissipé, on a remis de l’ordre dans la grange où se tenait le festin, le bal; il ne faut pas s’attarder au plaisir:
Lou canta ni lou dansa
Porton pas lou po a l’ormari;
Lou canta ni lou dansa
Porton pas lou po a mantja.
(Le chanter ni le danser—Ne portent pas le pain à l’armoire,—Le chanter ni le danser—Ne portent pas le pain à manger...)
Murat.
Le quartier de la boucherie.
C’est de pain qu’il est besoin, et désormais la femme est au travail comme l’homme. Il faudra de bien grands événements pour qu’elle sorte de l’oustau et dépasse le couder; une grosse part de besogne lui incombe: toute la bergerie, la basse-cour à soigner, la soupe à toute la maisonnée, cuire les bourriols, qui remplacent le pain souvent, et emplir le forrat à lo font,—le seau à la fontaine... ce à quoi un homme ne s’abaisserait jamais; enfin, les enfants à élever, qui se succèdent, trois, six, huit, dix, douze, quinze; n’empêche qu’aux foins et à la moisson les femmes doivent prêter la main encore, un orage, une grêle ont si vite fait de dévaster... Et filer et tricoter... et lou couârrou n’est pas toujours content,—car l’homme est le maître, et la femme, même aujourd’hui, ne s’assoit guère à table, sert debout, et mange comme elle peut—lou couârrou est exigeant et tracassier, pour peu qu’il revienne de la ville un peu couflot, un peu pete, un peu rete: