(Tant que je t’aimais,—Je te promettais assez,—Petite,—Tant que je t’aimais,—Je te promettais assez.—Maintenant que je te tiens,—Je joue du bâton,—Petite,—Maintenant que je te tiens,—Je joue du bâton...)

Hâtons-nous de dire que cela est excessif, il n’en va point de la sorte; ce n’est pas du bâton que la femme a à souffrir, mais de la rigueur de sa vie, exempte de trêve et de repos; toujours des enfants, et la tâche de toutes les heures, jusqu’à l’extrême vieillesse, pour devenir ces doyennes «aux faces usées comme la pierre des torrents», acagnardées l’hiver, dans l’âtre, l’été, rabusant devant la porte, sur le banc de pierre ou les marches du balcon, leur quenouille plantée dans le boborel, ou l’aiguille à tricoter à l’oreille...

Elles s’accommodent de cette destinée; celles qui suivent leur mari en émigration, recluses dans leurs boutiques, ont cette même existence que si elles étaient demeurées au village, en geôle derrière leurs comptoirs; au milieu d’une grande ville, comme au plus profond de leurs vallées,—n’en connaissant que ce qui passe de ciel au-dessus de leurs têtes...

A Ambert.

Il y a, dans les quartiers auvergnats de Paris, vers la Roquette, la Bastille, des femmes qui, venues à Paris avant les chemins de fer, n’ont jamais pris un train et un tramway; à la montagne, où beaucoup, après vingt ou trente ans de Paris, vont finir leurs jours, il est nombre de ces Parisiens qui limitèrent Paris à leur arrondissement, ignorent de la capitale tout, théâtres, monuments, promenades; ils ont vendu du charbon pendant vingt, trente fois trois cent soixante-cinq ou six jours sans arrêt, et de leurs gains n’ont jamais distrait un centime pour des plaisirs; s’ils festoient, c’est entre eux; s’ils chantent et dansent, c’est chez eux ou à la musette...

Dans certaines rues, chaque arrière-boutique de marchand de vin est une salle de bal, dont la clientèle, à peu près exclusivement auvergnate, se compose d’habitués qui se réunissent, comme en famille, à la veillée, pour parler patois, boire un saladier de vin chaud et virer des bourrées. Le décor est des plus sommaires, quelques tables et des bancs. Le musicien, le cabrettaïre, est juché dans une logette, à laquelle il accède par une échelle mobile qu’on retire dès qu’il est installé. Les danseurs sont en place aussitôt que la cabrette se gonfle. Aux premières notes, ils partent, courent, glissent, martèlent le plancher à grands coups de talons, poussent par intervalles des cris aigus, you you, en faisant claquer leurs doigts, et suant à grosses gouttes, dans la pièce surchauffée, ne s’arrêtant qu’à la tournée du patron de la maison ou d’un associé du musicien,—à la moitié de la danse,—qui passent en recueillir le prix, deux sous, quatre sous... Et puis ils repartent et ne feraient pas grâce d’une mesure. Rien n’existe plus pour eux, dans le vertige où ils glissent, sautent, tournent; ah! ils sont loin de Paris et de tout, pourvu que la cabrette chante et qu’ils dansent et ils ne craignent pas d’amasser chaud...

L’escalier de la Chaise-Dieu.

La cabrette, les bourrées et le patois, c’est, avec la jambe de porc, le bourriol et la fourme, toute la haute Auvergne.